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ENCORE UN PEU DE PATIENCE!

LES NEWS SONT EN ROUTE!

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Une pétition pour l'égalité salariale

15-12-2015  - avatar

Force est de constater que le nouveau Conseil fédéral ne montre pas l’exemple en matière de représentation homme/femme et reste en retrait en matière d’égalité salariale. Sa proposition, actuellement en...

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Ailleurs

Salope!, l'expo

21-12-2015  - avatar

L’Université Libre de Belgique vient de proposer une exposition consacrée au mot « Salope ! ». Chargé de sens divers, il recouvre une histoire des pratiques sociales, culturelles et des représentations, des fantasmes...

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Genre&Féminismes

Une pilule pour doper la libido féminine…

10-12-2015  - avatar

Les sociétés pharmaceutiques rivalisent d'ardeur pour mettre sur le marché une pilule qui stimulerait le désir sexuel chez les femmes. Sprout Pharmaceuticals a déjà obtenu le feu vert pour la...

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A l'imprimerie

 

Lorsqu’on séjourne à Kigali pour affaires et qu’on est amené-e à nouer de nombreux contacts, impossible de déambuler sans un laptop sous le bras, un smartphone à portée de main et surtout, sans un paquet de cartes de visite à dégainer dès que l’occasion se présente. "Sans carte de visite, tu ne fais rien" m’avait-on prévenue dès mon arrivée. Et moi d’être équipée d’un ordinateur portable flambant neuf, de deux téléphones, d’un agenda, de plusieurs bloc-notes mais rien qui ne se rapproche d’une business card. Ce constat posé, me voilà scotchée plusieurs heures à l’écran de mon ordinateur afin de créer une identité professionnelle. Puis en route vers l'imprimerie.

"Tu souhaites imprimer? Nous n'avons plus d'encre" me lance un employé, les yeux mi-clos. "Reviens vers 15 heures". Me revoici à l’heure dite, le pied ferme et le ferme espoir de repartir avec mes cartes de visite en poche. Espoir sitôt envolé lorsque j’entends: "Un collègue est parti à l'instant acheter de nouvelles cartouches d'encre, reviens demain". Aie, je n’ai nulle envie de refaire le chemin à pied jusque-là, sous un soleil de plomb, et encore moins pour la troisième fois. Et de surcroît, il me les faut, ces cartes, car un rendez-vous est fixé le lendemain avec une députée de la Chambre basse du Parlement rwandais. Je tente: «C’est urgent, je dois me rendre au Parlement pour discuter avec une politicienne.» Quelques mots fusent en Kinyarwanda avec l’une de ses collègues et le jeune homme saisit ma clef USB.

Pourquoi a-t-il si soudainement changé d’avis? Était-ce le fait d'avoir mentionné la plus haute instance législative du pays ou était-ce plus précisément l’argument politique ET féminin qui a joué en ma faveur? En évoquant ma prochaine rencontre avec une femme de pouvoir, j’avais — sans le vouloir — touché dans le mille. Rappelons ici que la Chambre des députés du Parlement rwandais est composée de 63.8% de femmes (51 députées pour 80 sièges) 1. De plus, la politique de promotion de la femme est l’une des priorités majeures du gouvernement ; le Président communiquant d’ailleurs régulièrement à ce sujet au sein du pays, comme sur la scène internationale. Les Rwandaises n'ont évidemment pas attendu d'être à l'agenda politique pour gagner leur place dans la société rwandaise. Au contraire, elles ont toujours eu leur mot à dire au sein de leurs communautés et de leurs familles. Ce qui est nouveau en revanche, c’est probablement l’image qu’une femme de pouvoir renvoie aux yeux d’un jeune homme. Une image inédite, façonnée par un gouvernement qui a très vite su mesurer les bénéfices à tirer d’une promotion publique et médiatique des femmes. La figure de la femme rwandaise moderne a par conséquent bouleversé la logique patriarcale et traditionnelle qui prévalait jusqu’alors, cela en moins de vingt ans. Avec l’arrivée des femmes dans les sphères publique, politique et associative, de nouveaux rapports sociaux de sexe ont émergés, ouvrant la porte à un monde qui ne se conçoit plus seulement au masculin neutre. Un rapport social de sexe - pour une fois inversé ! - en échange d’une centaine de cartes de visite? Oui, c’est possible!

Et justement, après l’impression des cartes, passons à la découpe. L’imprimeur sort un machin-truc made-in-je-n’sais-où supposé les trancher une à une, à la main ! La volonté de manier cette machine infernale est présente mais l’exercice s’avère bien trop laborieux. Je vois alors l’imprimeur empoigner un massicot qui trône sur de vieux cartons poussiéreux. Cela ira peut-être plus vite, pensai-je. Plus vite en effet, mais plus mal. Je constate que mes cartes sont découpées de travers, sans repère ni alignement. Dans un soupir à peine dissimulé, je lève les yeux et arrête un instant mon regard sur les murs qui soutiennent le plafond. Tiens, eux aussi sont de traviole! Et si ces murs avaient été construits à angle droit, est-ce que mes cartes auraient-elles pu l’être également?

De son côté, l’imprimeur se pose aussi quelques questions à mon propos. Car il s’agit certainement de la première fois qu’il conçoit des cartes de visite aussi tristes que les miennes… En noir et blanc, avec une fleur ridicule sur le coin gauche, quelle idée. Des cartes de visite «tellement suisses», tellement neutres, d’une discrétion qu’un banquier pourrait presque m’envier. Je jette alors un regard sur les quelques modèles exposés sur le comptoir central : les cartes sont toutes colorées, imprimées sur du papier avec reflets mordorés, métallisés brillants ou pailletés. Les plus sophistiquées ont même un relief qui leur prodigue un aspect des plus prestigieux. En comparaison, les miennes, fades et biscornues, font vraiment pâle figure. L’imprimeur, qui n’a perdu aucune de mes réflexions, me les tend et me recommande, sourire aux lèvres d’ajouter "pour la prochaine fois, un peu de bleu ou du jaune".
Oui, sans aucun doute, la prochaine fois, je rajouterai de la couleur !
 
1 Etat au 1 septembre 2014, www.ipu.org
 
Photo DR