updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Joana Vasconcelos à Versailles

L'artiste féministe Joana Vasconcelos provoque déjà la polémique avec ses oeuvres monumentales présentées à Versailles. Pourtant la censure a bien allégé le programme en ôtant certaines pièces jugées trop explicites. Au château de Versailles, tss, tss... Ses murs en ont vu d'autres.

Après Jeff Koons, Takashi Murakami,  Xavier Veilhan et Bernar Venet, une femme va donc pour la première fois exposer de l'art contemporain à Versailles jusqu'au 30 septembre: Joana Vasconcelos s'installe tout l'été au Palais. Qu'a-t-elle pour autant de féministe? C'est assez tendance chez les jeunes artistes en quête de sens de soudain se revendiquer du féminisme, ça fait genre, mais ça le fait pas toujours forcément. Prenez par exemple sa Marilyn, une paire de stilettos géants posés au beau milieu de la galerie des Glaces. De loin, ça ressemble à de la déco, limite c'est joli. Portant quand on s'approche on voit que c'est un assemblage de casseroles rutilantes, briquées par la parfaite maîtresse de maison. Joana Vasconcelos explique que ses oeuvres s'appuient sur une critique féministe: la double-injonction faite aux femmes, sois-belle-et-ne-sors-pas-de-ta-condition, reste valable malgré l'émancipation. Les Occidentales peuvent certes s'acheter des produits de luxe comme des stilettos mais les casseroles rappellent qu'elles ne sont que des femmes. Joanna Vasconcelos ne se cache donc pas derrière un pseudo concept qui donnerait du contenu à ses oeuvres. Non, elle va même plus loin, en revalorisant et en réhabilitant l'artisanat féminin, les gestes des femmes qui travaillent des matières qui ne sont ni du béton ni de la pierre mais du tissu, de la ficelle. En témoignent son équipe et sa manière de construire ses projets. Faire alors partager sa vision aux curateurs et autres directeurs d'institution n'est pas toujours simple.

Sa pièce censurée par la direction du château de Versailles, La Fiancée, fut l'oeuvre majeure de la Biennale de Venise de 2005. En forme de lustre XVIIIe siècle, elle est entièrement composée de tampons hygiéniques à la blancheur immaculée. L'artiste aurait voulu l'accrocher dans la galerie des Glaces. Sa demande a été rejetée au motif de son caractère sexuel. Là encore, on s'interroge sur la pudibonderie des censeurs. Le premier usage d'un tampon hygiénique n'a pas grand'chose de sexuel... La Perruque (un oeuf surdimensionné duquel s'échappe des mèches de cheveux) a elle aussi été refusée. Par contre, l'objet volant intitulé Mary Poppins, en référence à la  femme libre et la suffragette du roman de Pamela Travers, a trouvé sa place dans un escalier.

Heureuse mais frustrée, Joana Vasconcelos raconte le montage difficile d'une exposition qui vaut absolument le déplacement. Cet été, ce n'est pas le roi-soleil qui va vous enflammer mais les oeuvres d'art installées dans son château.

"Joana Vasconcelos Versailles", château de Versailles, place d'Armes, 78 000, Versailles.

Du mardi au dimanche de 9 heures à 18 h 30 pour les grands appartements, de 8 heures à 20 h 30 pour le parc.

Entrée : 18 €.

Jusqu'au 30 septembre.

© Photo DR, La Fiancée de Joana Vasconcelos