updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Conductrices à contre-sens?



En marge des révolutions arabes, une revendication qui peut sembler anachronique ou dérisoire, celle de Saoudiennes désireuses de conduire. Vendredi 17 juin, elles étaient une trentaine à avoir bravé l'interdit, répondant ainsi à la campagne Women2Drive lancée depuis deux mois sur les réseaux sociaux.


Tradition
Considérées par les lois du royaume wahhabite comme mineures, les femmes doivent se plier à des règles strictes. Et si aucune loi ne leur interdit explicitement de prendre le volant, une fatwa émise par des hommes de pouvoir s'y est substituée. Le royaume s'appuie sur ce genre d'avis pour interdire de la même manière aux femmes de voyager ou de manger au restaurant seules. Sur le site saoudien elaph.com, le sheikh Abd-al-Rahman al-Barrak s'exprime à propos de ces femmes qui veulent conduire: «Ce qu’elles tentent de faire est interdit, et par conséquent elles deviennent les clés du mal dans ce pays», écrit-il, en les qualifiant de «femmes occidentalisées cherchant à occidentaliser ce pays.»
Cette situation, Manal al-Charif la supporte de moins en moins. Informaticienne de 32 ans, elle a initié Women2Drive et a posté sur Youtube une vidéo d'elle-même conduisant une voiture tout en expliquant à son amie qui la filme ses revendications et la marche à suivre pour celles qui veulent faire pareil. Dans un autre message posté sur le Net, elle précise que "cela a un écho particulier ici en Arabie Saoudite, conduire est un acte symbolique, même si c'est un droit insignifiant".

Contradiction
Pour Lama al -Suleiman, femme d'affaires réputée et surtout élue au Conseil d'administration de la Chambre de commerce et d'industrie de Djeddah, il y a d'autres combats à mener pour les femmes notamment au travail. D'autres observateurs-trices s'accordent pour dire que le pays est une terre de contrastes où s'entrechoquent modernité et tradition et que la société saoudienne n'est absolument pas prête à évoluer. Il faut savoir que l'Arabie Saoudite n'a jamais été colonisée; de ce fait, la société n'a jamais  été confrontée à une autre culture, contrairement aux autres pays arabes. Et quand bien même, le permis de conduire est délivré par les autorités locales, celles-ci refusent de le remettre à des femmes. Ces dernières apprennent à l'étranger et reconnaissent prendre régulièrement le volant à Riyad. Toutefois l'hypocrisie reste de mise.

Arrestation
Le succès médiatique de Manal al-Charif n'aura pas empêché sa nouvelle arrestation dimanche dernier mais aura encouragée les Saoudiennes à s'affirmer. Les mises en ligne de vidéos montrant des femmes au volant se sont multipliées, les langues se délient: on peut voir le témoignage d'une femme qui dit défier les autorités depuis six mois pour accompagner ses enfants à l'école parce que le taxi est trop cher. Contrairement à ce que martèlent les journaux locaux, chaque famille ne dispose pas de chauffeur susceptible de conduire les femmes. La voie de l'indépendance est encore chaotique mais les Saoudiennes sont sur le bon chemin.