updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Droit de vote aux Saoudiennes … en 2015

 


 

Après l’espoir suscité par l’annonce du roi Abdallah qui a promis le droit de vote et de représentation aux femmes de son pays, les militantes expriment leurs craintes : son discours ne serait en fait qu’une vague promesse.

Les observateurs ont trop vite conclu que l’inexorable contagion des printemps arabes gagnait le royaume conservateur et traditionaliste d’Arabie Saoudite, contraint à son tour d’accorder plus de libertés individuelles sous peine de chaos. Mais pourquoi commencerait-il par les droits des femmes, ces non-citoyennes sans voix ni pouvoir ? Les féministes saoudiennes ne s’y trompent pas. Pour elles, cette promesse ne coûte rien et n‘engage en rien la vraie réforme qu’elles attendent. Parmi elles, Wajeha Al-Huwaider pense qu’il s’agit d’un «geste symbolique comme la nomination d’une femme à un ministère» (en 2009, le roi avait en effet appelé une femme pour être ministre : il avait retiré l’éducation des jeunes filles au ministère des Affaires religieuses, l’avait placée sous l’autorité du ministre de l’Éducation et avait ensuite nommé Madame Nour Fayez secrétaire d’État, fonction que son mari l’avait autorisée à accepter, ndlr).

Le futur droit de vote des Saoudiennes, s’il leur est réellement accordé, est entouré de conditions : elles devront être accompagnées de leur tuteur masculin au bureau de vote. Quant à celles qui se présenteront aux élections municipales (seul scrutin existant du royaume), elles devront, pour ce faire, produire une autorisation écrite de leur mari. Il leur est d’ores et déjà vivement recommandé de ne pas se présenter dès 2015. Et c’est là où le bât blesse : ce droit n’instaurerait nullement une quelconque égalité entre hommes et femmes, il s’appliquerait dans le cadre de la Charia, la loi islamique. Pour Wajeha Al-Huwaider, «le roi a choisi la voie la plus rapide pour régler, en apparence seulement, le problème. Cela lui permet de clamer au reste du monde que l'Arabie Saoudite améliore le sort des femmes. C'est tout.»

Monarchie absolue, l’Arabie Saoudite reste l’alliée de l’Occident. Le roi cumule tous les pouvoirs et les aspirations au changement des jeunes, qui constituent plus de 60% de la population, ne sont pour l’heure pas entendues. Sans aide extérieure, sans relai associatif, sans ONG (illégales en Arabie Saoudite), avec les seuls réseaux sociaux, une révolution type jasmin a peu de chances d’ouvrir la voie à la démocratie selon les féministes saoudiennes. L’évolution risque d’être encore lente et l’espoir déçu.

Photo: La militante Wajeha Al-Huwaider
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