updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Pip show marseillais

 

Hasard du calendrier et du lieu, l’installation de l’artiste plasticienne Camille Lorin a été présentée à la piscine de Frais-Vallon, à Marseille, capitale européenne de la culture en 2013. Les 300 prothèses utilisées pour l’œuvre proviennent directement de l'usine Poly Implant Prothèse (PIP) dont cinq dirigeants sont actuellement jugés par le tribunal correctionnel de Marseille pour "tromperie aggravée" et "escroquerie". Le procès qui doit durer jusqu’au 17 mai prochain se tient dans un gymnase spécialement aménagé pour pouvoir accueillir les quelque 5250 plaignantes, françaises pour la plupart. Là encore, coïncidence sportive des espaces qui accueillent les deux événements.

 

Même si l’artiste se défend d’avoir travaillé autour du scandale en particulier, elle dit avoir voulu s’intéresser à la machine économique qui emporte les destins des humains. Dans ce cas, elle s’est attachée à la chirurgie esthétique, révélateur de « notre époque qui nous dessine et nous déforme » selon ses dires à l‘AFP. Et si elle affirme que celle-ci est « avant tout économique avant d'être politique ou social (e) »,  son questionnement des stéréotypes et du modèle dominant occidental en matière de beauté est pour le moins politique. Directement issue de l’industrie pornographique qui résume la femme à une blonde à gros seins, la représentation que l’artiste dénonce à travers son exposition est celle qui inonde aujourd’hui nos écrans et à laquelle les femmes du monde (entier) s’identifient (trop). Pour ressembler à cette prétendue femme idéale universelle, le recours à la chirurgie et aux prothèses serait devenu un passage obligé. Avec les risques qu’on sait…

 

En effet, les autorités sanitaires françaises ont révélé qu’environ 25% des prothèses PIP retirées depuis le début du scandale, étaient défectueuses (rupture d'enveloppe, perspiration du gel), générant notamment des réactions irritantes, inflammatoires voire des nécroses. En France, 30 000 femmes se sont fait implanter ce type de prothèses. L’essentiel du problème reste pourtant à l’étranger (Amérique latine notamment) où l’entreprise PIP réalisait 84% de son chiffre d’affaires. Plusieurs femmes ont d’ailleurs commencé à se regrouper pour saisir la justice de leur pays et suivent le procès de Marseille avec attention.

 

Ce qui s’annonce de longue haleine dans cette affaire, n’est qu’éphémère dans l’installation de Camille Lorin dont les Performances au fond de la piscine n’ont été présentées que le temps d’une nuit. Pour les femmes ayant eu recours à des prothèses défectueuses, le calvaire durera probablement au-delà du procès quelle qu’en soit l’issue. Pour certaines d’entre elles, il s’agissait de reconstruction mammaire après un cancer et pas seulement d’une aliénation esthétique que dénonce l'artiste.

 

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