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Antoinette Fouque, décès et controverse

Présentée comme une figure historique du féminisme, co-fondatrice du MLF (Mouvement de Libération des Femmes), directrice des éditions des Femmes et animatrice du groupe "Psychanalye et Politique", un courant majeur du féminisme français, Antoinette Fouque est morte le 20 février dernier. Les réactions à sa disparition se sont enchaînées les jours suivants, tout en grandiloquence et dithyrambisme. A en croire ces hommages, Antoinette Fouque incarnait le féminisme à elle toute seule et sans elle, les femmes seraient de nos jours encore soumises, sans pilule, sans IVG, au foyer à s'occuper de leurs gamins. A croire que personne ni ne lisait ni n'écoutait ses interviews dans lesquelles elle disait détester le mot "féminisme". Parce que le parcours militant et le discours d'Antoinette Fouque ne ressemblent pas tout à fait à cette ligne droite et parfaite qu'on dessine aujourd'hui.

C'est la ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem qui a ouvert le bal en saluant dans son communiqué "la belle et grande voix du féminisme". Puis François Hollande lui-même s'y est collé lui aussi dans un communiqué en affirmant qu'"une grande figure du féminisme s'est éteinte" et en soulignant que cette "inlassable militante (qui) n'a jamais cessé de défendre l'émancipation des femmes". Il n'hésite pas en disant qu'"elle a porté ses convictions en Europe et dans le monde"… Ah les Français... Les tweets ont littéralement plu au sujet de la pionnière féministe. Même Valérie Trierweiler parle d'un "modèle d’indépendance pour nous toutes". Vraiment?

Le 23 janvier 2014, sur les antennes de France Info, Antoinette Fouque disait: "Je ne suis pas féministe. Le féminisme c'est une servitude volontaire, que font certaines, pour s'adapter au journal Elle ou à d'autres." Sa vision était des plus tranchées. Le Manifeste des 343 salopes qui fait régulièrement parler de lui n'est que du "star-system" selon elle et ainsi de suite. Son hostilité aux féminismes s'explique sans doute d'une manière ou d'une autre. Pour cela, il faut remonter aux racines du mouvement.

L'histoire commence lorsque quelques femmes déposent une gerbe à "la femme du Soldat inconnu" sous l’Arc de triomphe. C'était le 26 août 1970. Les journaux ont parlé pour la première fois en France d’un mouvement qu’ils ont appelé Mouvement de libération de la femme, s'inspirant en cela du "Women’s Lib" américain. Par la suite, le singulier «la femme» a été changé en pluriel et ainsi naquit mouvement de libération des femmes, devenu le MLF. Mouvement libre et rebelle, issu de mai 68, personne ne le représentait vraiment et ne pouvait s’approprier le nom collectif. Les tracts étaient pour la plupart signés "quelques militantes" ou "des militantes du MLF" , les articles de prénoms ou de pseudonymes.

Juste avant le vote définitif de la loi sur l’IVG,  Antoinette Fouque, la présidente, Marie-Claude Grumbach, la secrétaire et Sylvina Boissonnas, la trésorière, fondent en secret une association intitulée "Mouvement de libération des femmes - MLF". Le même nom a ensuite été inscrit comme marque commerciale à l’Institut de la propriété industrielle et commerciale, faisant d'un mouvement qui n’appartenait à personne la propriété privée de trois femmes qui pouvaient légalement interdire à toutes les autres de s’en réclamer. Les féministes françaises s'étaient fait avoir... par des femmes. Cela a valu à Antoinette Fouque quelques soucis avec ses copines d'avant et on comprend peut-être mieux pourquoi Antoinette Fouque ne se disait pas féministe. Christine Bard, historienne et responsable des Archives du féminisme estime qu'après cet épisode, "le mouvement en sort affaibli et perd des militantes…"

Le temps faisant son travail, la légende de la fondation du MLF s'est (re)construite peu à peu et dans les années 90, on commence à lire que le mouvement a été fondé par Antoinette Fouque, Josiane Chanel et Monique Wittig. Histoire fabriquée de toute pièce quand on sait que la même Antoinette Fouque ne faisait pas partie des dix femmes qui ont initié le mouvement en déposant la fameuse gerbe sous l'Arc de Triomphe... En femme avisée, elle a associé Sylvina Boissonnas, riche héritière, à la création de leur association en 1979. Cela lui permit de vivre très confortablement dans un hôtel particulier du VIe arrondissement de Paris. Dans les années 80, le MLF, marque déposée de la maison Fouque, n'attirera pas les foules mais le sigle et les éditions l'aideront dans sa marche vers le pouvoir. Elue députée européenne en 1994 sous une liste Bernard Tapie, elle sera faite commandeur de la Légion d'honneur, grand officier de l'ordre national du Mérite et commandeur des Arts et des Lettres. A défaut d'avoir été nommée ministre, elle en a conseillé un certain nombre, toujours sous la bannière MLF. Au grand dam des féministes...

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