updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Ceci est le corps d'une femme

Le coup de filet qui a conduit à l'interpellation de cinq personnes impliquées dans un trafic d'organes humains fait la une de la presse espagnole. L'organisation de malfaiteurs proposait à des immigrant-e-s illégaux de l'argent contre des organes pour le compte notamment d'un homme d'affaires et responsable politique libanais.  Sauf que lorsque celui-ci a appris que le bout de foie qu'on allait lui transplanter venait d'une femme, il aurait refusé, invoquant des raisons religieuses et a fait toute une histoire qui a fini par s'ébruiter…

Tout commence à Valence l'été 2012, lorsque l'ONG qui accompagne les immigrant-e-s sans papiers apprend que des gens proposent de l'argent à leurs protégé-e-s en échange de parties de leurs corps. Puis les autorités sanitaires soupçonnent qu'il se passe quelque chose d'étrange lorsque des dizaines d'immigrant-e-s viennent subir des séries d'examens ultra-complets dans une clinique privée. Les factures de ces analyses d'un total de 15 000 euros ont toutes été réglées par une seule et même personne. L'Organisation Nationale de Transplantation (ONT) y voit un signal d'alerte.

De son côté, l'homme d'affaires libanais est informé que la transplantation va pouvoir avoir lieu puisque sur le lot de donneurs potentiels, il en est un compatible. En échange d'une partie du foie de ce donneur, le riche libanais débourse 40'000 euros. Quand il découvre que ce foie provient du corps d'une femme, l'homme aurait fait un scandale et aurait refusé de se faire opérer, considérant que c'était contraire à ses principes religieux. C'est là que l'affaire échappe au petit cercle des protagonistes et arrive aux oreilles de la police.

Au delà du caractère illégal de la pratique, se pose la question de la précarité des femmes, migrantes ou pas. On se souvient du cas désespéré de cette chômeuse espagnole qui a posté en 2012 une petite annonce sur Internet pour vendre ses organes afin de payer son loyer et donner à manger à sa fille. En situation de détresse, monnayer son corps d'une manière ou d'une autre est-il pour les femmes l'ultime recours? Quand la seule richesse qui reste à ces femmes est leur corps, doit-il servir à la santé des nanti-e-s? 

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