updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Les Afghanes face à leur destin

Malgré les menaces des talibans, les Afghanes sont allées voter pour les élections présidentielles de leur pays et élire le successeur d'Hamid Karzaï qui devra gérer le départ des troupes de l'OTAN. Les différentes associations de femmes expriment leurs craintes.

La répression contre les femmes menée déjà sous les moudjahidins, alors alliés de la Coalition occidentale, puis sous les talibans, s'est allégée à partir de 2001 à l'arrivée de Karzaï au pouvoir. Les filles sont retournées à l'école, les femmes sont devenues députées au Parlement, elles ont repris un métier et sortent dans la rue sans être accompagnées. Mais ces avancées masquent une fragilité. Dès 2012, la violence faite aux femmes connaît une recrudescence. Le nombre de cas d'agressions a augmenté de 24,7 % durant les six premiers mois de l'année 2013, selon l'Afghanistan Independent Human Rights Commission. Des femmes occupant des fonctions de décideuses sont assassinées, telles que la lieutenante Bibi en juillet, la policière la plus haut gradée de la province méridionale du Helmand, puis en septembre de son successeur, la lieutenante Negar. La députée Fawzia Koofi a, quant à elle, récemment échappé à deux tentatives d'assassinat. Ces avertissements sont compris en tant que tels par les femmes.

Ce qui dérange c'est précisément que ces femmes occupent des postes jusque-là réservés aux hommes. Plus elles investissent l'espace public, plus elles sont visibles et deviennent des cibles. L'entourage de Karzaï désormais ultra-conservateur avait déjà remis en cause les droits politiques des femmes en supprimant le quota de 25% de sièges qui leur était alloué dans les conseils provinciaux. Les femmes parlementaires avaient dû batailler pour qu'un quota de 20% soit maintenu. Ce sont ces mêmes conservateurs qui ont torpillé l'adoption d'une loi sur les violences contre les femmes défendue par Fawzia Koofi qui estime "qu'ils se préparent déjà à la perspective d'un retour des talibans au pouvoir".

A l'heure où les ONG et les troupes occidentales font leurs bagages, une autre guerre se larve, idéologique celle-là, qui va opposer démocrates et ultra-conservateurs. Les femmes, au coeur de la lutte, risquent encore d'en faire les frais. Elles ont bien saisi les enjeux de la présidentielle en se rendant massivement aux urnes, et si contrairement aux élections de 2004 et 2009, où des femmes s'étaient présentées, ce n'est pas le cas aujourd'hui : tous les candidats sont des hommes conservateurs qui ont une vision traditionnelle des rapports homme/femme. Défendre leurs acquis, même s'ils sont limités aux grandes villes et s'ils sont liés à la présence et aux subventions internationales, est pour les Afghanes une question de survie. Elles osent croire que dans un pays où la moyenne d'âge est de 19 ans, les gens voudront défendre les libertés.

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