updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

ADN. Et les droits des hommes?

 

Une polémique a surgi hier autour de l'opération de prélèvements massifs d'ADN dans le lycée privé de La Rochelle qui permettrait d'identifier l'auteur d'un viol commis au sein de l'établissement en septembre dernier. La Ligue des droits de l'homme s'insurge contre la méthode tandis que les associations de défense des droits des femmes y voient une volonté de faire aboutir l'enquête. 527 personnes de sexe masculin doivent se soumettre aux prélèvements. La Ligue des droits de l'homme, qui porte bien son nom, serait-elle monté au créneau si les femmes avaient été visées?

Tous les hommes présents dans le lycée au moment des faits son en effet concernés par cette collecte d'ADN, à savoir 475 lycéens, 31 enseignants et 21 autres personnes, notamment du personnel technique. Pour les élèves mineurs,  le consentement des parents et de l'élève est nécessaire. "Mais les personnes qui disent non deviennent des suspects potentiels pour lesquels on peut envisager la garde-à-vue et la perquisition", a indiqué la procureure de la République, Isabelle Paganelle. Les prélèvements se déroulent en présence des professeur-e-s car "les photos des cartes d'identité ne sont pas toujours fiables pour les mineurs", selon la magistrate. Les échantillons d'ADN négatifs ne seront pas conservés et il n'y a donc aucun risque de se voir fiché-e.

Pour l'ancien avocat de la Ligue des droits de l'homme, Alain Weber, "ces 527 personnes ne sont plus des citoyens normaux mais deviennent des citoyens suspects. Il y a une sorte de facilitation de la preuve au mépris des libertés". Comme dans la plupart des cas de viols, les victimes sont relégué-e-s au second plan. Dans la balance de cette justice patriarcale, la liberté primerait sur la vérité. Pierre Tartakowsky, le président de la Ligue des droits de l'homme enfonce le clou sur RTL en dénonçant le climat de suspicion généralisé et en estimant que "ça peut être traumatisant". Et la jeune fille violée dans les toilettes du lycée, n'a-t-elle pas trouvé l'expérience traumatisante? Et toutes les autres qui viennent d'apprendre qu'un violeur était présent dans l'établissement depuis le mois de septembre, que ressentent-elles?

A la mise en doute de l'efficacité du procédé, les associations de victimes rappellent l'affaire Caroline Dickinson, une jeune Anglaise violée et assassinée en Bretagne en 1996. Le juge d'instruction en charge de l'enquête, Renaud Van Ruymbeke avait alors fait prélever l'ADN de quelque 400 habitants du village, puis avait étendu la recherche à 3000 personnes. Au final, l'enquête avait permis l'arrestation du coupable. Si les empreintes ADN ne font pas tout, elles peuvent aider dans la progression des enquêtes. Enfin pour ceux qui contestent l'utilisation de l'argent des contribuables dans des opérations d'envergure comme les prélèvements ADN de masse, d'autant qu'il n'y a pas eu "mort d'homme", il est bon de rappeler qu'en France, le viol est un crime passible de 15 ans de prison.

 

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