updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Elle s'appelait Andrea

 

L’ONU vient de condamner l’Espagne en se basant sur la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination faites aux femmes (CEDEF/CEDAW), pour négligence dans le cas Ángela González, une femme victime de la violence machiste et de sa fille Andrea, morte à l’âge de sept ans sous les coups de son père.

Dans le jugement qu’il a rendu, le Comité onusien, met à jour la responsabilité de l’Etat espagnol qui n’a rien fait pour protéger la mère et sa fille ni pour enquêter sur la situation familiale, encore moins pour indemniser la victime encore en vie. Pourtant Ángela González avait sonné à toutes les portes, police, services sociaux, justice en déposant pas moins de 50 plaintes, recours et autres appels au secours auprès de l’administration. Sauf que sa voix, ni celle de la petite Andrea n’ont été entendues.

Au contraire, son mari, Felipe Rascón, de qui elle se séparait, exerçait en toute légalité son droit de visite. Mauvais traitements, menaces, tentatives d’enlèvement, Andrea vivait un calvaire chez son père et revenait dévastée chez sa mère… jusqu’au jour fatidique où le père a tué sa fille et s’est ensuite suicidé. C’était le 24 avril 2003.

Depuis, Ángela González, aidée des associations de défense des droits des femmes n’a eu de cesse que l’Etat reconnaisse sa défaillance dans ses fonctionnements. En 2011, le Tribunal constitutionnel lui ferme à son tour la porte, ultime négation du drame qu’elle a vécu. C’est alors qu’une ONG, Women’s Link Worldwide s’empare du dossier et le porte devant les Nations-Unies. Trois ans après, le jugement est rendu et l’Espagne est condamnée. Ángela González se dit satisfaite mais trouve navrant qu’il ait fallu que ce soit «un comité international qui décide de la culpabilité du gouvernement (espagnol, ndlr)».

Elle regrette que les professionnel-le-s d’alors, juges ou travailleurs-euses sociaux-iales n’aient pas tenu compte de la personnalité de son ex-mari. «Ce qui comptait, dit-elle, c’était qu’il puisse exercer son droit de visite». «A aucun moment, on ne m’a écoutée», répète-t-elle, «personne ne voit que pour les hommes violents, les enfants ne sont que des monnaies d’échange», pour mieux atteindre les mères.

Le jugement du CEDEF oblige l’Espagne à réparer de manière adéquate les dommages subis, à indemniser la plaignante et à ouvrir une enquête pour déterminer les dysfonctionnements dans les rouages administratifs. Il demande également à l’Etat de mettre en place les moyens nécessaires afin que ce drame ne se reproduise plus, notamment en accordant les droits de visite dans un cadre qui ne mette plus en danger les enfants. Enfin, il est demandé que le gouvernement rende obligatoire la formation sur les stéréotypes de genre des personnels de justice, police, corps médical et services sociaux. Ángela González note l’année du jugement et de la fin de son combat, 2014, l’année où Andrea aurait fêté ses 18 ans.

 

 

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