updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

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Le vagin de la reine



Avant même son installation dans les jardins du château de Versailles, l’œuvre d’Anish Kapoor intitulée Dirty Corner fait polémique dans les milieux identitaires et ultra-catholiques. Cette sculpture monumentale constituée d’un tunnel en acier rouillé serait selon l’une des interprétations donnée par l’artiste lui-même «le vagin de la reine qui prend le pouvoir». Une œuvre politique donc…

Le sculpteur anglo-indien avait tout d’abord expliqué que l’objet était «semblable à un corps gisant sur le sol avec les jambes ouvertes, dont on ne sait pas s’il est un objet masculin ou féminin. Avec un vaste orifice intérieur, comme une oreille ou un vagin, on ne sait pas, au juste. Un long tuyau qui pourrait être masculin, un phallus/vagin». Il avait par la suite précisé sa pensée disant faire dialoguer comme une brusque évidence l’histoire des lieux et la puissance de l’œuvre. Il le rappelle dans une interview accordée au JDD, «poser des objets de-ci de-là ne sert à rien. J'ai eu l'idée de bouleverser l'équilibre et d'inviter le chaos». On peut dire que sur ce point c’est réussi.

Pour la présidente du parti chrétien démocrate, Christine Boutin, c’est une insulte à Marie-Antoinette.

Quant à l’extrême-droite, FN et identitaires confondus, ses adeptes estiment que Versailles est un sanctuaire national, symbole de la monarchie du droit divin que l’art contemporain forcément vulgaire ne peut en aucun cas «souiller». Et même si la Révolution française est passée par là, il semble que l’épisode ne soit toujours pas digéré pour ces nostalgiques. Déboulonner, plus de 200 ans après, un personnage telle que la dernière reine de France serait-il sacrilège ? Kapoor ne pose-t-il pas la question de l’ambiguïté de ces êtres qui tiraient leur pouvoir et leurs privilèges du droit divin et qui dans le même temps restaient terriblement humains ? Le corps sacré et les corps sexué et sexuel de la reine cohabitaient bel et bien. Les fêtes de la cour en constituèrent le point d’orgue au même titre que celui de rupture avec le peuple.

La provocation réside surtout dans le fait que l’œuvre qui serait le sexe de la reine, donc un sexe féminin, soit représenté. D’ordinaire caché, il est ici largement exposé. Les œuvres phalliques sont moins controversées, parce que la société construite par les hommes n’y trouve rien à redire. Les formes de virilité en accord avec le pouvoir sont au contraire valorisées. Pour leur part, les représentations du féminin ou des minorités sexuelles restent généralement dans l’ombre.

Les critiques à l’encontre de l’œuvre de Kapoor s’inscrivent dans une idéologie qui voudrait que rien ne bouge, que rien ne change. Cet ultra-conservatisme parie sur des identités figées à tout jamais, qu’elles soient nationales, sexuées et sexuelles. De la même façon, en ce qui concerne toutes les frontières, rien n’entre et rien ne sort. Or la réalité est tout autre. Le monde d’aujourd’hui est global, les identités sont multiples et mouvantes, rien n’est fixe, rien n’est définitif, tout est incertain, comme les objets d’Anish Kapoor.

Photo, Dirty Corner à Versailles