updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

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Moi Diana T. pornoterroriste

L'ouvrage sobrement intitulé Pornoterrorisme fait l'effet d'une bombe dans les milieux féministes et au-delà. l'émiliE a voulu savoir ce que son auteure Diana Torres avait vraiment dans le ventre. Rencontre.

l'émiliE: Qu’est-ce qui t’a conduite à écrire Pornoterrorisme?

Diana Torres: La demande d’un éditeur qui s’est désisté ensuite, et le délai de reddition du manuscrit. Si personne ne me l’avait demandé, avec une date limite pour le rendre, je ne l’aurais jamais écrit.

Comment se fait-il que le livre ne contienne aucune image, alors que tu dis qu’elles sont plus fortes que les mots?

Parce qu’il s’agit d’un livre, et que la meilleure chose que peut contenir un livre sont les paroles. Je préfère reléguer les images au plan de l’action directe. Regarder/offrir des images sans les vivre n’a, pour moi, aucun sens.

Qu’entends-tu par pornoterrorisme ?

Une réponse violente et sans complaisance à l’absence totale de dialogue avec celles et ceux qui contrôlent notre genre et notre sexualité.

La polémique entre toi et certaines féministes se centre autour de la pratique SM. C’est idéologique, d’après toi ?

Non, elle est d’ordre psychologique/corporel, elle se base sur le non-intérêt que beaucoup d’entre elles ont vis-à-vis de leur corps et de leurs désirs. Je ne supporte pas les féministes incapables de transcender l’orthodoxie à l’ancienne du féminisme et la placent au-dessus de leurs propres désirs. Et même si elles n’ont pas de désirs de type sadomasochiste, je ne supporte pas non plus qu’elles ne sachent pas faire la différence entre les violences faites aux femmes, et la douleur/soumission librement consentie. J’ai l’impression que beaucoup d’entre elles sont idiotes, et j’ai toujours du mal à accepter ça (qu’une femme puisse se déclarer féministe et être à la fois idiote).

En 2010, aux Journées transféministes de Séville tu as signé le Manifeste pour une insurrection féministe. Partages-tu certaines des luttes féministes ?

Ce n’est pas que je les partage, c’est que ma lutte est principalement ça : féministe. On pourrait lui donner plus de  nuances et dire que c’est une lutte anarko-féministe-queer-prosex. Mais il existe de nombreux féminismes et ils dépendent généralement d’un contexte et de circonstances d’oppression. Certaines luttes féministes restent en dehors de mon champ d’action, parce que comme toute activiste j’ai mes priorités, mais ce sont des luttes que je respecte et admire (comme par exemple les luttes pour légaliser l’avortement dans de nombreux pays d’Amérique Latine ou les féminismes des pays arabes).

Tu racontes t’être fait agresser un 8 mars  à Barcelone, parce que tu portais la pancarte «soumise par vocation, pute par profession». Que s’est-il passé ?

Ca dépend de ce que l’on entend par «agression». Ce qui me fit sentir agressée, en réalité, c’est d’entendre des centaines de femmes crier en chœur en pleine journée de la femme travailleuse «Ni pute, ni soumise», surtout si l’on tient en compte du fait que la travailleuse la plus mal traitée par le système occidental est la pute. J’ai trouvé ça très violent, mais quand je suis sortie avec la même pancarte le 8 mars suivant, je n’ai rencontré que des visage stupéfaits et des sourires. 

Comment vont les «chiennes horizontales» ?

Mal. Il s’agissait d’un projet expérimental qui a probablement échoué parce qu’aucune d’entre nous ne sait se vendre, et aussi parce que ce «savoir se vendre» aurait constitué un ajustement aux logiques du capitalisme dont aucune d’entre nous ne s’est sentie capable.

Tu te définis plutôt comme artiste, activiste ou… ?

Si je dois choisir entre artiste ou activiste, je prends activiste sans aucune hésitation. Pour moi l’art est juste un outil, une arme de plus pour réaliser mon travail d’activiste. 

Penses-tu encore que c’est toi qui as choisi le lieu que tu occupes dans la société ?

Je n’ai jamais pensé ça. Le lieu que j’occupe dans la société, cette périphérie marginale qu’on m’a imposée depuis qu’on a vu que je ne savais ni ne voulais m’adapter à ce qu’on attendait de moi est un lieu que je n’ai pas choisi. A partir du moment où ton physique ou ton comportement sortent de la «normalité», la société te relègue à une position de type punition. Ce que j’ai très certainement choisi, c’est de rester dans ce lieu abject et d’y construire ma forteresse, de m’élever dans l’insulte et me vanter d’être un monstre. Puiser ma force dans la marge est mon meilleur choix ; c’est envoyer au système un grand «va te faire mettre». C’est ce que les marginales comme nous peuvent faire de plus terroriste. Nous sentir confortables dans cette marge à laquelle nous confine une société normative, et l’utiliser pour générer des communautés fortes.

La postpornographie est-elle pour toi un espace réduit ou une terre de promesses ? Comment te la représentes-tu ?

Le postporno est simplement la représentation de sexualités, corps, genres et pratiques dans lesquels nous sommes nombreux-ses à nous reconnaître et que l’on ne retrouve pas dans la pornographie mainstream. Bien sûr que c’est un espace réduit, comme l’est celui de toute dissidence. Mais il donne l’opportunité d’être entendu-e et manifeste à toutes les personnes qui ne croient ni dans une hétérosexualité attribuée d’office à chaque être humain dès la naissance, ni aux seuls deux genres qui nous sont diagnostiqués, eux aussi, à la naissance. 

Ma sexualité a toujours été bâtarde et très postpornographique, mais jamais je n’ai pensé incarner une représentation type de toute une communauté. La représentation est une chose subjective, tout comme l’observation et l’assimilation, et chaque personne devrait pouvoir générer ses propres représentations pornographiques.

Lors du Ladyfest Roma 2011, tu as exigé que le public se déshabille pour pouvoir assister à ta performance. Pourquoi?

La réponse est simple, il y avait trop de monde pour voir ma performance, trois ou quatre fois la capacité de la salle. Exiger du public qu’il se déshabille pour entrer a été une solution rapide, bête et finalement efficace pour filtrer les personnes auxquelles je voulais vraiment m'adresser, celles à qui mon message allait vraiment servir. Ca a été une de mes plus belles expériences de performeuse ; le fait que le public, plus de 100 personnes, montre son corps lui aussi, sans complexes, ni honte, m’a transmis une énergie uniquement comparable à un bon orgasme de pleine lune.

Les personnes restées dehors sont finalement celles qui n’étaient pas encore prêtes à vivre ce qui allait se passer pendant la performance. Depuis cette performance-là, j’ai demandé la nudité à tous mes publics, en particulier à ceux qui viennent me voir dans les théâtres. Dans d’autres cas, je n’ai pas imposé la nudité comme condition d’entrée, mais je l’ai encouragée pour la compréhension de ma performance, et pour créer un lien plus chaud, sexuel et humain avec le public. De manière générale et à ma grande surprise mon public se déshabille avec un naturel confondant, même sans que mon show l’exige.

Quel type de public cherches-tu ? Cherches-tu à diffuser plus largement tes idées, tes performances ?

Je n’ai pas de public type. Ca va de la grand-mère veuve de 70 ans qui promène son chien dans le parc, au pédé qui passe sa vie dans les saunas, en passant par la camionneuse qui ne sait quoi faire de son vagin ou le kepon anarkop qui n’a jamais été sodomisé.  Les performances pornoterroristes attirent toutes sortes de personnes et n’importe qui peut acheter mon livre. Ma seule façon de garder le contrôle sur tout ça, c’est de codifier mon message de façon qu’il ne soit compris vraiment que par les braves.

Dans mon travail, l’amplitude est toujours un désavantage  parce que le fait de se rendre plus accessible à un public plus large implique forcément une dépolitisation, un «nettoyage» que je chercherai toujours à éviter, même si cela me condamne à la précarité puisque personne qui aurait de l’argent ne souhaite me voir performer comme je tiens à le faire.

La plupart de tes vidéos sont censurées sur les réseaux sociaux. Où peut-on voir ton travail ?

Principalement sur ma page web, à «vidéo de performances» (www.pornoterrorismo.com).


Pornoterrorisme de Diana J. Torres

Editions Gatuzain, 2012

ISBN : 978-84-8136-609-9

 

© Chiara Schiavon, stencil y foto