updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Pétition contre le sexisme sur Internet

Un collectif citoyen lance une pétition pour en finir avec le sexisme sur la Toile.
À l'automne dernier, la classe politique française avait était alertée par la la montée dans les "trending topics" racistes et antisémites (c’est-à-dire les sujets les plus discutés sur le réseau social Twitter du hashtag #Unbonjuif et #Unbonnoir). Ce déferlement de tweets et retweets ouvertement antisémites a montré combien l’évolution des nouvelles technologies pouvait se montrer dangereuse. Si les tweets racistes et antisémiques choquent, les propos sexistes ne sont pas en reste sur Twitter comme ailleurs (Facebook, blog, site privé...).


Fatigué du sexisme, un collectif féministe et citoyen lance une pétition pour lutter contre la misogynie et l'incitation à la haine sexiste sur Internet. Depuis septembre une pétition, appelée Agir contre la misogynie et l'incitation à la haine sexiste sur Internet, circule sur la Toile pour demander aux pouvoirs publics français de faire cesser la publication en ligne de propos incitant à la violence misogyne. A l'origine du projet, cinq blogueuses féministes qui se sont réunies pour alerter les pouvoirs publics sur le sexisme suite à la publication d'un article  intitulé Comment bien baiser : les 3 secrets du Hard SEX, publié sur un site de coaching en "séduction" appelé Seduction By Kamal. Deux d'entre elles, Lise Bouvet et Laureen Plume, reviennent sur l'origine de cette pétition. 


Kamal, un coach en séduction pas comme les autres
«Il y a environ un an, certaines d'entre nous sont tombées sur l'article de Kamal, explique Laurenn Plume, militante et blogueuse féministe qui fait partie du collectif à l'origine de la pétition. Cela faisait un moment que je connaissais l'existence des coachs en séduction et j'avais remarqué que certains de leurs articles étaient très limites. Sur ces sites on peut lire pas mal de choses qui sont gênantes d'un point de vue féministe, du genre "les femmes aiment être dominées, les femmes sont passives par nature, elles cherchent le mâle alpha". Seulement, là c'était bien pire, puisque Kamal conseillait carrément au lecteur de se passer du consentement de la victime.»
Suite à cet article les blogueuses décident de signaler ce site auprès du gouvernement via une plateforme prévue à cet effet. Mais ce fut vain : le texte est resté en ligne. «On ne voyait pas quoi faire de plus, on s'est arrêtées là en espérant que le texte finirait par être retiré, mais il ne l'a pas été. »

Le pouvoir du Web

C'est seulement 10 mois plus tard environ que les blogueuses reviennent à la charge. «Il semblait clair que le gouvernement ne donnait pas suite au signalement», explique Lauren Plume. «À partir de là, ça a commencé à bouger () Nous avons lancé un hashtag #ToiAussiSéduisCommeKamal sur twitter pour faire le buzz, dans la foulée nous nous sommes réunies toutes les cinq en collectif pour mettre au point un texte à faire publier massivement, lancer la pétition et essayer de faire bouger les choses.» «Nous avons fait appel à toutes les blogueuses de bonne volonté pour relayer notre pétition. Ainsi le même texte a été blogué et reblogué par une trentaine de blogs en une journée, ce qui a attiré l'attention des médias explique Lise Bouvet.

Le silence des pouvoirs publics

Pour les féministes à l'origine de la pétition, il y a un véritable laxisme de la part du gouvernement sur la question du sexisme sur la Toile. «Je pense que ce qui nous a fortement fait réagir, c'est surtout le silence qu'il y avait autour et que nous n'avions pas réussi à briser plus tôt», explique Laurenn Plume. «C'est lié au fait qu'en France il n'y a encore aucune législation concernant le sexisme spécifiquement, au même titre que le racisme. L'impunité est totale. On est vraiment dans le pays des droits de "l'homme"», explique Lise Bouvet. «On l'a vu avec cette affaire, souligne Lauren Plume, selon les pouvoirs publics l'auteur de cet article et le rédacteur du site étaient dans leurs droits. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Il y a toutes sortes de propos extrêmement problématiques sur Internet qui à mon avis ne relèvent pas de la liberté d'expression, car ils ont des conséquences concrètes et dramatiques sur la vie des femmes. Des propos qui, sans encourager explicitement à violer, le font indirectement en propageant la culture du viol».
À l'heure actuelle, plus de 3'400 personnes ont signé la pétition. Parmi les revendications, la pétition demande aux pouvoirs publics la mise en place d'une plateforme dédiée aux signalements des sites misogynes. Pour signer la pétition, rendez-vous sur Change.org