updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Well Well Well, le mook lesbien

Un semestriel lesbien est en préparation. Son nom : Well Well Well, ça vous rappelle quelque chose? Pas étonnant, le lien avec Le Tigre est direct. Les filles de Well Well Well sont venues à l'émiliE, du coup on s'est intéressées à elles et c'est leur rédac' chef, Marie Kirschen, qui s'y colle et nous offre un avant-goût de ce que sera ce mook (mi-magazine, mi-book).

 

l'émiliE: Encore un magazine... Vous pensez que c'est utile ?

Marie Kirschen: Well Well Well sera une revue, plus qu’un magazine. Elle sera distribuée en librairie et sera également vendue par internet sur notre futur site. Et, pour répondre à votre question, oui c’est tout à fait utile !
 
Nous avons lancé le projet suite à l’arrêt de trois médias lesbiens français. Je suis l’ancienne responsable de Têtue.com, le site lesbien de Têtu, qui a été abandonné après le rachat du titre, l’année dernière. Au même moment, c’est le magazine La 10e Muse (devenu Muse & Out) qui était placé en liquidation judiciaire. Un peu auparavant, Lesbia s’arrêtait…
 
Il fallait recréer quelque chose ! En particulier en print. J’ai eu l’idée de faire un mook (mi-magazine mi-book) car cela n’avait jamais été fait sur les thématiques lesbiennes en France et cela ne concurrençait aucun média déjà existant. J’en ai parlé à des journalistes autour de moi, qui ont toutes été enthousiastes... Car il y a clairement un manque. Nous en avons marre de l’invisibilité des lesbiennes !

Well Well Well prend-il le relais de Têtue ?
C’est un média lesbien mais ce n’est pas le même support, pas la même périodicité, pas la même ligne éditoriale… C’est autre chose.

Pourquoi avoir choisi le titre d'une chanson du groupe Le Tigre ?
Parce qu’on aime beaucoup le mouvement Riot Grrrl ! La chanson est vraiment bien et c’était une manière de rendre hommage à ces femmes qui se sont bougées, qui ont fait de très grandes choses et qui ne sont pas reconnues à leur juste valeur par la presse mainstream. Ça nous a fait très plaisir que le Tigre accepte que l’on utilise la chanson en question pour notre vidéo de présentation.

Vous ne voulez pas d'annonceurs. Même pas en rêve ?
Actuellement en France, les annonceurs sont toujours très frileux et ont des réticences à faire figurer leurs publicités sur des supports LGBT. La conséquence c’est que la presse homo peine à se financer… Donc évidemment, ce serait bien pour l’ensemble de la presse LGBT si les annonceurs pouvaient se décider à enfin entrer dans le XXIe siècle et se départir de leurs clichés sur les lesbiennes, les trans, les gays…
 
Ceci étant dit, être financé par la pub a aussi des effets pervers : nous n’avions pas envie de devoir faire des pages mode ou conso uniquement pour tenter de séduire les annonceurs. Nous écrivons uniquement pour nos lectrices et lecteurs.
 
Vous vous financez par crowdfunding. Cela suffit-il au démarrage du projet ? Et à sa poursuite ?
Le crowdfunding, c’est à dire le «financement par la foule», correspond bien à l’esprit du projet. Et d’ailleurs les futures lectrices et futurs lecteurs ont été au rendez-vous : nous avons récolté 10'000€ en 15 jours lors du lancement de notre page Ulule. On ne s’attendait pas à un tel succès ! Les ventes du premier numéro devraient permettre de financer le deuxième et ainsi de suite. Le crowdfunding est toujours en cours, jusqu’au 3 mars, car chaque denier compte : malheureusement l’impression d’une belle revue papier coûte très très cher ! Nous avons aussi besoin d’un peu d’argent pour financer des déplacements en reportage. Si notre projet vous plaît, vous pouvez nous aider sur notre page Ulule.

Votre démarche est artistique. Est-elle politique aussi ?
Effectivement, nous voulons créer un bel objet, épais, avec beaucoup de photos… Une revue que l’on soit fière d’acheter. La démarche est aussi politique dans le sens où il s’agit de combler un manque et de visibiliser les lesbiennes. Aujourd’hui encore, on vit dans une société où les représentations des lesbiennes sont quasi inexistantes, que ce soit dans les médias, les films, les livres… Si vous êtes une jeune femme qui se découvre lesbienne dans ce contexte, vous pouvez vous sentir très seule !  Créer un nouveau média participe à la visibilisation des femmes homos.
 
Que pensez-vous du lâchage du gouvernement socialiste sur la PMA?
Elle illustre les conséquences de l’invisibilité des femmes homos… Bien que promise par Hollande pendant la campagne, la PMA a tout de suite été mise de côté par Taubira lors de l’élaboration du projet de loi sur le mariage. Peu visibles, les lesbiennes ont du mal à porter leurs revendications sur le devant de la scène. Leurs problématiques sont moins bien connues. Résultat : la PMA est tout de suite utilisée comme fusible pour satisfaire les réactionnaires. 

Well Well Well sera-t-il disponible en Suisse romande?
On va essayer de faire en sorte que oui. Dans tous les cas, il sera possible de commander Well sur notre futur site internet et la revue sera directement livrée chez vous !

L'équipe est composée de professionnelles bénévoles. Où trouvez-vous le temps ? Qu'est-ce qui vous anime ?
On rogne sur nos week-ends, nos soirées ! C’est beaucoup de boulot, mais nous sommes toutes ultra motivées par le projet et l’aspect féministe d’une telle démarche. Nous avons très envie d’écrire sur et pour les lesbiennes. C’est quand même fou qu’en 2014, alors que le débat sur la PMA fait rage, on entende aussi peu les femmes homos. C’est la même chose pour l’histoire du mouvement lesbien et féministe : les médias et maisons d’édition généralistes ne s’y intéressent que trop peu. Il y a tout un pan de l’histoire lesbienne qui est méconnu… A notre niveau, nous voulons contribuer à changer ça.

La sortie du numéro1 est prévue pour quand ?
Pour le printemps, vers le mois de mai ! Avec également une soirée de lancement ainsi qu’un grand pique-nique qu’on sera très heureuses de partager avec les lectrices et lecteurs qui nous ont soutenues.

Photo: l'équipe de Well Well Well à Paris



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