updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Nudité politique, l'arme fatale

Cela faisait 50 ans qu’une femme n’avait pas été condamnée en France pour exhibition sexuelle. Pour son action en 2013 à l’église de la Madeleine, Eloïse Bouton, une ex-Femen, s’est vue à la surprise générale notifier sa condamnation. Pourtant la nudité politique est une arme fréquemment utilisée et pas seulement par les féministes. Il semble que tout se complique dès lors que les militant-e-s vexent les religieux.

Si les féministes de mai 68 qui brûlaient leur soutien-gorge et enlevaient le haut durant les nombreuses manifs qui émaillèrent ces journées printanières, aucune n’ont été condamnées pour exhibition sexuelle. Il aura fallu attendre décembre 2014 pour qu’une ancienne Femen, Eloïse Bouton, soit reconnue coupable d’avoir montré ses seins lors de son action à la Madeleine à Paris en soutien au combat des Espagnoles pour le droit à l’avortement. Elle a été condamnée à un mois de prison avec sursis et à verser à l’Eglise 2 000 euros de dommages et intérêts et 1 500 euros de frais d’avocat.

La peine est sévère mais dès qu’il s’agit de religion, les coups pleuvent. Que dire de l’aplomb de l’actrice iranienne Golshifteh Farahani qui pose nue en couverture de la très rare revue « Egoïste » ? Aux prises avec les mollahs depuis 2008 pour avoir joué dans une production américaine et pour être apparue sans voile aux côtés de Leonardo di Caprio lors de l’avant-première, elle est contrainte de vivre en exil. Privée de passeport par l’Iran, ou disons incapable d’en payer le prix (fixé par l’administration iranienne à deux millions de dollars), Golshifteh Farahani tient tête. Elle veut se sentir libre malgré tout et en 2012, elle montre un sein dans un clip tourné pour la cérémonie des Césars. Cette fois, sa famille restée en Iran est directement menacée. La nudité comme arme radicale est utilisée par les féministes du monde entier. En 2012, une autre Iranienne, Maryam Namazie avait diffusé un calendrier de nus défendant les libertés des femmes en soutien à l’activiste égyptienne Aliaa Magda Elmahdy. Celle-ci avait posté sur son blog une photo d’elle nue en bas noirs et chaussures rouges lors du printemps arabe. L’image avait le tour du monde au moment et l’a contrainte, elle aussi, à l’exil.

Cette nudité politique n’a rien de provocant ni de racoleur, elle ne montre pas un corps à consommer mais un être à écouter et à respecter. D’autres que les féministes ont compris la puissance de cette arme pour faire passer leur message : on se souvient des intermittents du spectacle face à l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti ou les zadistes de Notre-Dame-des-Landes. Ceux-là n’ont jamais été inquiétés quant à une éventuelle condamnation pour exhibition sexuelle. Dans ces deux cas, les religieux n’avaient pas leur mot à dire. Le corps des femmes resterait-il un territoire propriété des églises, des familles, des états, des médecins ? Les femmes doivent faire face à plusieurs formes d'oppression qui s'imbriquent (patriarcat, racisme, colonialisme, capitalisme, hétérosexisme). Et l’aliénation religieuse ne fait qu’ajouter à la complexité des enjeux. Quant aux institutions religieuses, elles savent pertinemment jouer des paradoxes pour culpabiliser les femmes…

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