updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Le talent de Chimamanda Ngozi Adichie

«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement.»



Par ces/ses mots, Chimamanda Ngozi Adichie aborde le féminisme avec lucidité, éloquence et humour. Cette Nigérianne qui a émigré aux États-Unis pour y poursuivre ses études a décidé de devenir écrivaine. Son premier roman, L'Hibiscus pourpre, publié en 2003 est loué par la critique. Les suivants connaissent le même engouement. Ses livres sont traduits dans trente langues et les ventes de chaque opus dépassent le demi-million. Autant dire que c’est une star dans le monde de l’édition. Mais ce qui va la rendre très très «célèbre» c’est le sample d’un de ses discours We should all be feminists (TEDx) par Beyoncé en 2013 sur le titre "Flawless".

Pourtant le succès n’est pas venu tout de suite. C’est d’ailleurs le sujet de son second roman Americanah, et l’histoire de son double, Ifemelu, émigrée aux Etats-Unis, blogueuse qui peine à être éditée jusqu’à connaître la gloire après des années de galère. Certes un public nombreux assiste à ses conférences, mais Ifemelu comprend qu’il ne lit pas ses livres. Les auditeurs sont blancs. Ils veulent juste la voir, par curiosité parce qu’elle est «la “première blogueuse” en matière de race». Ifemelu comme Chimamanda Ngozi Adichie s’adapte, d’ailleurs pour les Nigérians, le terme Americanah désigne la personne qui s’est «américanisée». Du coup, Ifemelu raconte «ce qu’ils avaient envie d’entendre, rien de ce qu’elle écrirait jamais sur son blog, parce qu’elle savait que les gens qui lisaient son blog n’étaient pas les mêmes que ceux qui assistaient à ses ateliers sur le multiculturalisme».

Chimamanda Ngozi Adichie prend fait et cause pour les femmes et les minorités notamment les homosexuel-le-s persécuté-e-s en Afrique. Alors si nous ne sommes pas tous Charlie, sommes-nous tous et toutes des féministes (que nous ignorons)? C'est ce que l'auteure suggère en substance. Son manifeste Nous sommes tous des féministes reflète l’essence même de son combat. A paraître le 26 février prochain.


Nous sommes tous des féministes, suivi de Les marieuses, de Chimamanda Ngozi Adichie, Editions Gallimard/Folio, 96 pages.