updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Le manifeste des Femen

Aujourd’hui paraît le Manifeste des Femen qui, tout en réaffirmant les idéaux et les luttes d’origine du mouvement, marque une étape. Il fait entrer le groupe dans une phase de maturité et témoigne d’une assise acquise au fil du temps. Laissant la période ukrainienne et les actions brouillonnes loin derrière, le collectif, à vocation internationale, est désormais dirigé par la seule Inna Shevchenko.

Si ce n’est pas le premier manifeste publié par les Femen, qui avaient déjà posé par écrit les bases de leur combat voici deux ans, c’est le plus abouti, à l’image de l’évolution du mouvement. Celui-ce a en effet parcouru un bout de chemin en grandissant et en grossissant. Débarassé de son ancrage ukrainien, il se veut universel, avec des antennes actives dans quinze pays et une base à Paris. Alors les Femen deviennent-elles une franchise ? En tous cas, l’organisation est beaucoup mieux structurée qu’à ses débuts. Beaucoup mieux lisible aussi. Il faut dire que le ménage a été fait de fond en comble. Inna Shevchenko s’est imposée comme leader naturelle balayant au passage les autres fondatrices Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Alexandra Shevtchenko.

Sur le fond, le manifeste reste fidèle aux luttes contre le patriarcat, les religions, l’industrie du sexe et sur la forme, il répète l’efficacité des moyens d’action seins à l’air, slogans sur la poitrine et couronnes de fleur, ultime concession à l’origine ukrainienne. La radicalité constitue toujours la colonne vertébrale de la pratique et du discours, unique moyen selon les activistes de combattre la violence que le système oppose aux femmes. Le texte ne s’adresse d’ailleurs qu’à elles :  
« A vous qui n’êtes ni fille, ni mère, ni sœur, ni épouse, 
A vous qui n’êtes ni femmes dans l’ombre d’un grand homme, ni petites mains de la guerre, ni forces arrières,
A vous qui êtes maîtresses de votre condition et combattantes pour vos droits,
A vous qui êtes femmes,
L’heure est venue de prendre nos responsabilités et de nous battre ensemble, avec témérité et détermination, pour la grande lutte féministe.
Parce que l’égalité n’est pas qu’une utopie, parce que le commerce des femmes n’est pas un métier, parce que les violences faites aux femmes ne sont ni passion ni honneur mais crime, parce que le viol ne doit pas être une arme de guerre, parce que nos corps ne sont pas des champs de bataille, parce que nos compétences intellectuelles ne sont pas inférieures, parce que nous ne sommes pas de petits êtres vulnérables, ni des morceaux de viande, parce que rien ne nous oblige à respecter des lois et des dogmes qui ont été écrits sans nous et contre nous, exécrons tout de suite et inconditionnellement le système qui nous oppresse. Haïssons-le, dénonçons-le et détruisons-le. »

Le manifeste des Femen, éditions Utopia, dans la collection Dépasser le patriarcat, 64 pages.