updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

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 lemiliedegourdie1

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Le rejet des lettré-e-s

Certain-e-s féministes ont fait des réseaux sociaux un espace d’expression hors d’atteinte pour les universitaires et expert-e-s féministes qui seraient tenté-e-s de les analyser. Ces internautes disent leur rejet d’un académisme sans lien avec leur réalité dont ils ne se privent pas de torpiller les travaux sans vergogne. La fronde gronde au sein des courants féministes.


Les réseaux sociaux bruissent parfois d’échos qui interpellent parce qu’ils cassent un entre-soi confortable. Et lorsque ces opinions sont reprises ou partagées par des voix fortes comme celle de Chimamanda Ngozi Adochie dont l’émiliE avait présenté, en février dernier, le manifeste « Nous sommes tous féministes », on s’y intéresse de plus près.

L’auteure nigérianne y écrit notamment que «chaque fois que j’essaie de lire ce qu’on appelle “les classiques du féminisme”, je suis saisie d’ennui et ne les termine qu’à grand-peine». Dans une interview récente donnée à Libération, elle précise sa position par rapport au féminisme en tant que sujet académique. Pour elle, le féminisme est d’abord «une expérience vécue, en tant que manière de changer les esprits». En cela, elle rejoint nombre de personnes en Europe et ailleurs pour qui les concepts sociologiques sont trop éloignés de leur réalité et qui si elles en sont objets d’étude n’en sont pas au final cibles de lecture.

Différentes attitudes semblent gouverner ce rejet des lettré-e-s : une problématique de classe (la crise est passée par là et tout le monde n’a pas les moyens de se payer des études), une problématique de race (les féministes blanches privilégiées auraient tendance à donner des leçons aux autres) et une problématique de sexe (le binarisme domine ces productions académiques : homme/femme, homo/hétéro…).

Interrogé-e-s, quelques internautes ont livré leur vision : Ils/elles n’ont plus envie qu’on édicte de grands principes, plus envie d’être sujets d’études même lorsu’ils sont menés par des femmes. Ils/elles contestent ce rapport hiérarchique du haut vers le bas en arguant du fait qu’aujourd’hui il existe d’autres moyens de s’informer. Ils/elles ont surtout envie de partager, de vivre, d’expérimenter. Selon eux/elles, les réseaux sociaux permettent une grande diversité d’opinions, il n’y a plus un savant ou un expert qui publie un livre-papier pour leur expliquer la vie. Une femme trans non binaire nous explique que dès qu’elle tombe sur «un livre de cent pages qui me dit comment être comment vivre ou pire, qui m’explique qui je suis, je vomis». Un radicalisme qui peut surprendre et qui ôte une certaine légitimité aux «spécialistes» du féminisme.

Et ces échanges qui court-circuitent l’académie et les institutions en général sont le fait de gens plutôt jeunes et pourraient bien dessiner les rapports inter-féministes de demain. Alors individualisme ou révolution culturelle d’un nouveau genre ? Ces gardes rouges bousculent les féministes de tous poils installées dans une militance ronronnante. En fin de compte, leur revendication est assez simple : loin des injonctions et des conseils, aussi bienveillants soient-ils, ils aspirent à se reconnecter avec eux-mêmes, à vivre libres. Pas si facile dans un monde... ultra-connecté.