updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Les nonnes se rebiffent



Pendant que l’évêque de Sion s’embourbe dans une provocation d’un autre siècle, en Espagne des religieuses bien dans leur temps imposent un activisme décalotté. A la veille des Municipales espagnoles, Lucía Caram, sœur dominicaine de Manresa, et Teresa Forcades, bénédictine au Monastère de San Benet, défient le Vatican en exposant publiquement leurs convictions politiques. Ce tombé du bâillon pas très catholique froisse les soutanes en haut-lieu, au point que le retour de férule ne s’est pas fait attendre.

Convoquée vendredi dernier à Rome, sœur Lucía Caram s’est vue signifier par le nonce apostolique que son comportement n’était en rien compatible avec la vie monastique. Mais Caram, qui se définit elle-même comme la «nonne casse-couilles» dans El Periodico n’a pas l’intention de laisser le Saint-Siège lui dicter sa conduite. Habituée des débats télévisés, sœur Lucia accompagnait hier encore le candidat de la droite indépendantiste Xavier Trias, pour dénoncer la démagogie facile d’une certaine gauche (celle des Indignés) et dire que le fait de se plaindre, et de ne pas aller voter, est un péché. Et pas question de rentrer dans l’(es) ordre(s) après les élections : la nonne la plus médiatique d’Espagne s’apprête à tâter de la téléréalité avec «En la caja » (« Dans la boîte ») où elle «affrontera» au vu et au su de tous une vie de luxe et d’abondance…

A l’opposé idéologique de Caram, Teresa Forcades secoue elle-aussi le bénitier. Bénédictine indomptable, docteure en théologie et en santé publique, enseignante de théologie queer à l’Université de Berlin, elle s’affirme féministe radicale et favorable au mariage homo. Une religieuse pas très canonique dont Paul B. Preciado dit: «Si j’avais été nonne, ou plutôt curé, j’aurais pu être Teresa Forcades». Proche du mouvement de gauche Podemos, Forcades envisage même l’exclaustration si c’est le seul moyen de défendre la plateforme pacifiste et démocratique qu’elle a fondée, Procès Consituent. Se présentera-t-elle aux élections? Pas si les évêques barcelonais de Vic et de San-Feliu-de-Llobregat ont le dernier mot.

En effet, alors que François peut y aller de ses petits tangos verbaux (un pas en avant, trois pas en arrière) sans défriser les congrégations, les soeurs, elles, seraient condamnées au motus éternel? Curieusement, sa Sainteté n’a pas pipé quand Suor Cristina entonnait Like a Virgin dans l’édition italienne de The Voice ; ni quand le padre Damian, hipster pur en bure, susurrait Love me Again à son compère Tony dans la version espagnole du concours. Le pape est pop, peut-être ?

Gardons la foi ! Caram et Forcades n’ont pas dit leur dernier Ave. L’Espagne qui encensait Sœur Rat d’égout et les cornettes d’Almodovar en 1983, ne saurait aujourd’hui museler ses féministes insoumis-e-s, nonnes ou non, pape ou pas. Rendez-vous dimanche, devant l’autel des urnes. Quant à l’évêque de Sion, trois Pater, quinze Love me Again, et nous lui pardonnerons, car il ne sait pas ce qu’il fait.

Photo: Teresa Forcades © e-noticies

Vidéo: © El Deseo