updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Interview de Virginie Studemann-Wathier

Qu’est-ce que le 14 juin ?
Le 14 juin est une date symbolique, elle correspond à l’introduction de l’article constitutionnel sur l’égalité entre femmes et hommes en 1981 et c’est surtout le 14 juin 1991 avec la grève des femmes en Suisse et un demi-million de femmes dans la rue pour dénoncer les inégalités et le fait qu’il y avait, certes, une égalité constitutionnelle mais que dans les faits, rien n’avait changé.

Que représente le 14 juin 2011 ?
C’est l’occasion de dire que, malgré l’article constitutionnel et la LEg qui ne régit que les rapports hommes-femmes dans le travail, on attend toujours l’égalité dans les faits, l’égalité réelle et pas seulement l’égalité formelle.

Qui est le Collectif genevois du 14 juin 2011 ?
C’est un mouvement militant regroupant des associations, des syndicats, des partis, des personnes travaillant sur l’égalité, d’où la multiplicité des actions qui ont lieu tout au long de la journée. La richesse de ce Collectif est qu’il recoupe des conceptions différentes de ce que peut ou doit être le féminisme, il est composé de générations et de cultures différentes.

Quels seront les moments forts de ce 14 juin 2011 à Genève ?

Tout d’abord,  c’est une journée d’actions et de revendications pour l’égalité entre femmes et hommes dans les faits c’est-à-dire que le collectif à Genève a eu clairement la volonté de ne pas en faire un anniversaire ni une commémoration de 1991. Il ne s’agit pas d’être dans le souvenir mais dans l’avenir, dans le présent, et de dire quelles sont les inégalités qu’il faut combattre aujourd’hui.

Il y a des actions dès le matin, sur les lieux de travail et des actions symboliques  telles que le rassemblement à 7h30 devant la statue des sans-papiers pour soutenir les travailleuses de l’économie domestique. Il y a un autre temps fort que sont les pique-niques, organisés dans différents quartiers. Une militante nous a rappelé qu’en 1991, les pique-niques furent un moment clé de la journée de grève car c’était une véritable remise en cause de la place de la femme au foyer ; l’idée c’était de dire : « Je refuse de faire à manger, d’être la femme au foyer, je descends dans la rue et c’est aux hommes de prendre le relais ».
A 14h06 - bien évidemment 14h06 comme 14 juin - c’est l’appel national à débrayer,  faire du bruit,  siffler, manifester partout où on peut, dans la rue, dans les entreprises, pour dire non, pour dire stop aux inégalités entre femmes et hommes.
A 17h30, il y a la manifestation avec les prises de parole qui rappellent les revendications. C’est important d’être dans la rue, que ce soit public, et c’est essentiel que les hommes défilent avec les femmes parce que c’est une question d’égalité, qu’on peut gagner uniquement parce qu’on agit ensemble.
A partir de 19h commencera la soirée aux Bastions. L’idée est d’offrir un moment  de partage, de rencontres, un moment où les gens peuvent être ensemble dans l’action positive sachant que, dans le contenu évidemment, il y a du sens : à travers les artistes qui chanteront et  le spectacle Tabou qui est un spectacle de danse urbaine et hip hop qui traite des violences sexuelles.

Quel est le cœur des revendications ?
Il y a évidemment un volet qui est de l’ordre de l’égalité au travail mais c’est aussi l’égalité dans l’éducation, en politique,  dans l’articulation vie familiale-vie professionnelle et sociale, dans le partage des tâches domestiques. C’est l’égalité dans le traitement de l’image de la femme et de l’homme dans la société, c’est la déconstruction des images stéréotypées.  
Les revendications sont également la lutte contre le harcèlement sexuel et psychologique, contre les violences faites aux femmes, la question de la santé. Et si on entend cette journée comme une journée d’actions et de revendications, c’est justement pour l’élargir à l’ensemble de ces thématiques qui concernent en fait toute la société.

Quelles sont les pistes de réflexion et d’action de ce 14 juin 2011 ?

Il y a deux principaux axes. Un axe renvoie à l’immédiateté et à l’urgence, il peut se résoudre de manière très concrète, avec des conventions collectives de travail, des lois, des budgets et répond à des problématiques  précises, telles que le fait d’avoir 20 % d’écart salarial, d’avoir des salaires trop bas qui ne permettent pas de vivre, l’absence de congé paternité, le manque de crèches, etc. Ces revendications peuvent paraître ne pas être nouvelles et manquer d’attractivité mais c’est parce que, malheureusement, on n’a pas beaucoup avancé en la matière. Il y a urgence et aussi  évidence car ces revendications correspondent à des inégalités sur le terrain, elles s’imposent de part le vécu des femmes et des hommes au quotidien. Et puis, il y a un autre axe qui est celui d’un combat plus général et sur le long terme qui doit être un travail sur les mentalités, sur la manière dont notre société assigne des rôles sociaux aux hommes et aux femmes.

Comment ce combat se traduit-il ?
C’est un travail de déconstruction, qui prend du temps, qui ne doit pas être l’apanage d’une élite. Ce travail passe par la socialisation, de la petite enfance à tous les niveaux d’éducation et de formation. Comme il s’agit de socialisation et de changer notre structure de penser, de notre rapport en tant qu’individu au-delà de notre sexe, ça passe avant tout par la formation des gens qui forment et qui éduquent. Dans les formations initiales mais aussi dans les formations continues car c’est comme ça qu’on arrive à effectuer un changement. Cela passe également par un travail sur les médias et tout ce qui est de l’ordre des représentations publiques.

En quoi ces revendications sont-elles d’actualité ?

Parce que notre société se targue de n’avoir plus besoin de traiter de ce thème, comme si l’égalité homme-femme existait et que la LEg suffisait. C’était le discours tenu par une majorité à la constituante genevoise qui a voulu enlever l’article sur l’égalité entre femmes et hommes. En réalité, la société est toujours sexiste et devient de plus en plus réactionnaire remettant en cause des fondamentaux comme le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par la Lamal. Les débats  en France à propos de Dominique Strauss-Kahn et la mise en lumière des schémas sexistes montrent bien que ces questions sont totalement d’actualité. On se réjouit d’entendre à nouveau des femmes et des hommes politiques parler d’égalité entre femmes et hommes comme un enjeu fondamental de démocratie et de société.

Et après le 14 juin 2011 ?
Et après ? L’organisation de cette journée a permis des rencontres, d’échanger, de se mettre en réseaux. L’après 14 juin, ce serait que ce réseau reste actif et qu’on arrive à créer des espaces de débat pour partager nos réflexions et avancer collectivement, fort-e-s d’un héritage, fort-e-s des combats féministes qui ont donné des résultats, tout en se donnant les moyens de dépasser les catégories de sexe et une vision essentialiste de la femme pour penser en termes de genre.


Pour le programme détaillé de la journée du 14 juin et davantage d’informations :
http://14juin2011-ge.ch/