updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

L'émiliEFest, too much?

 

l’émiliEFest, un nouveau festival de films qui dépasse les bornes

 

 

l’émiliE, le plus ancien journal féministe d’Europe, lance l’émiliEFest, un festival de films féministes inédits à Genève. Avec la multiplication actuelle des festivals, pour quoi faire ?, direz-vous. Films pour tous écrans, animations pour enfants, productions des pays du Sud, Filmar en America Latina, et même Everybody’s Perfect pour la communauté LGBT, Genève semble avoir un festival pour chaque public, mais aucun à vocation féministe. l’émiliEFest y remédie enfin !

 

Force est de constater que le métier de cinéaste est encore largement dominé par les hommes. Que le style des films l’est aussi. Les femmes accèdent difficilement à la réalisation ; et lorsqu’elles se lancent dans un style cinématographique ou narratif personnel, les chances que leur film soit distribué en salle s’amenuisent d’autant. l’émiliEFest propose une vitrine aux films de femmes qui n’ont pas été et ne seront pas montrés dans les salles de Suisse romande.

 

La programmation est aussi l’occasion rêvée pour mettre sur le devant de la scène des sujets occultés. La première édition du festival, intitulée «Too Much ?», ose ainsi la question du féminisme pro-sexe : provoc, nécessité, droit, ou tout simplement besoin? Quand l’expression féminine et/ou féministe devient-elle, ou est-elle considérée comme excessive ? Les femmes ont-elles droit à la même liberté d’expression cinématographique que les hommes ? Qu’est-ce qu’aller trop loin, et selon quels critères ou plutôt, les critères établis par qui ?

 

La controverse entre féministes pro-sexe et abolitionnistes, analysé ci-dessous par Caroline Dayer, permet d’ouvrir un tel débat. Les films Dirty Diaries et Too Much Pussy réservés aux plus de 18 ans, seront projetés comme exemples de nouvelles formes de représentation, par des femmes, de la sexualité féminine. Dirty Diaries revendique l’étiquette de porno féminin ; plus précisément, le but de la productrice, Mia Engberg, était de repenser la pornographie au féminin pour susciter la réflexion sur ce sujet. Si la qualité de cette série de courts-métrages réalisés par douze femmes varie, l’ensemble est particulièrement intéressant, car il couvre une gamme étendue de fantasmes et de styles possibles, du comique au hardcore. L’un des premiers mythes à dissoudre est en effet que la pornographie au féminin n’est que de l’érotisme soft. En France, où le film est sorti, de même que dans son pays d’origine, la Suède, Dirty Diaries a soulevé de nombreuses controverses, notamment liées à son financement. Curieusement, les avis divergent à l’extrême : certains taxent le film de vulgaire porno, alors que d’autres y voient une forme d’avant-garde. Ce film est donc particulièrement à propos pour le débat qui suivra la projection, mêlant des intervenantes féministes old-school à des chercheuses et des performeuses.

 

Que l’on soit branché par le voyeurisme, le fétichisme, ou non, chaque expression de la sexualité féminine a sa place. Too Much Pussy ? célèbre ce constat. Réalisé par une féministe pro-sexe, ce road-movie jouissif chronique les aventures de sept performeuses burlesques au cours de l’été 2009, bien avant Tournée, le film de Mathieu Amalric qui a tenu le haut de l’affiche l’an dernier. Sur un même thème, la fiction est permise là où le documentaire dépasse les bornes… Et pour les romantiques, Viola Di Mare met en scène une vraie histoire d’amour du XIXe siècle dans les magnifiques paysages de la Sicile.

 

l’émiliEFest propose à part égales fictions et documentaires. !Women Art Revolution est un document historique retraçant l’art féministe comme moyen d’action politique aux Etats-Unis, des années 60 à aujourd’hui. La réalisatrice, Lynn Hershman Leeson, en était dès les premiers jours ; fait rare, c’est elle qui a tourné les images d’archives, nous offrant aujourd’hui un regard de l’intérieur sur ce pan de l’Histoire. Un documentaire inédit donne la parole à des Américaines emprisonnées pour avoir voulu faire cesser les abus physiques dont elles étaient victimes (Sin By Silence). Et enfin, l’émiliEFest propose en avant-première The Ballad of Genesis and Lady Jaye, récit troublant sur la transformation genrée d’un couple de performeurs.

 

Pour célébrer tous les féminismes et leur libre expression de manière festive, la projection du samedi soir sera suivie d’une soirée dansante sur le thème du burlesque. Déguisements un must! Venez nombreux et nombreuses libérer la performeuse qui se cache en vous.

 

 

 

l’émiliEFest, du 21 au 23 octobre 2011, cinéma Spoutnik, Genève

© Photo extraite du film Too much d'Emilie Jouvet


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