updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Femmes en politique: c'est égal?

Tandis que les spécialistes et les sondeurs lisaient leur boule de cristal et prédisaient un recul notable des élues à Berne, de l'ordre de 5%, le scrutin de dimanche dernier a plutôt montré une stabilité de la représentation des femmes (à 30% environ). Le Conseil national comptera donc autant de femmes qu'à la législature précédente, soit 58 élues au moins, un tirage au sort devant encore départager les deux candidats PDC au Tessin, ce qui pourrait monter le chiffre à 59.

Pour Lorena Parini, maître d’enseignement et de recherche aux Etudes genre de l’Université de Genève, "cela montre que le système électoral en Suisse avec des listes ouvertes favorise le choix des électeurs et électrices plutôt que la stratégie du parti. En effet, même si les partis ont présenté moins de femmes, par le jeu des biffages et des rajouts, les votant-e-s peuvent modifier les choix du parti". Elle fait remarquer "qu'il y a bien sûr deux paramètres important à prendre en compte : le nombre de femmes et leur place sur la liste du parti". Concernant leur nombre, il augmente lentement mais sûrement, sans encore atteindre la proportion des hommes : en 2011, elles étaient 1132 candidates (1088 en 2007 et 993 en 2003) pour 2326 candidats (2001 en 2007 et 1862 en 2003) à briguer les 200 sièges du Conseil national.

Pourtant, si les candidatures féminines à cette élection n'ont jamais été aussi nombreuses, la Chancellerie fédérale constate qu'en termes relatifs, leur part au nombre total de candidats a reculé à 32,7 % (35,2 % en 2007; 35,0 % en 2003). L'augmentation du nombre de candidatures féminines a été la plus nette dans les cantons de Soleure (+22), de Vaud (+29) et de Genève (+29), tandis que le recul le plus important a été enregistré dans les cantons de Zurich (-28) et de Saint-Gall (-17). Au final, sont-elles mieux élues que les hommes ? "Il faudrait faire le calcul de manière plus précise" estime Lorena Parini, qui poursuit "mais si avec moins de candidates on a le même nombre de femmes, voire plus, cela signifie qu'elles ont été mieux élues que les hommes". Elle apporte quelques précisions : "Évidemment il faudrait ensuite, au-delà du chiffre, voir plus en détail des questions comme par exemple : quelles femmes ont été élues ? Des ténor-e-s de la politique ? Des femmes qui se présentent pour la première fois à une élection ? Quel parti représentent-elles ? (un parti historiquement en faveur de l'égalité ou pas…)".

La différence s'opère-t-elle sur le terrain, au moment-même de la campagne ? Les candidates ne se ménagent pas durant ce temps très particulier. Sont-elles plus efficaces ? La politiste genevoise estime que "c'est une question difficile parce qu'il faudrait vraiment suivre la campagne très en détail, mais je crois qu'elles sont appréciées par les électeurs lorsqu'elles ont fait leur preuves. Les réélections sont souvent brillantes... Je pense à Liliane Maury Pasquier qui a été élue avec le meilleur score, ou encore Géraldine Savary qui est très appréciée dans le Canton de Vaud. Il faudrait là aussi voir plus en détail la différence entre candidates de la première chance et candidates confirmées".

La suite des événements se déroulera au Conseil des Etats à la mi-novembre pour le second tour. Là encore, les prévisions sont pessimistes pour les femmes, espérons que les résultats les infirmeront et qu'elles auront toujours un pied en politique, sinon deux.