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Corps et âmes: Butler à Genève


Dans le cadre des conférences publiques organisées par les Etudes genre de l'Université de Genève, Judith Butler, philosophe, professeure de rhétorique et de littérature à l'Université de Berkeley en Californie risque de faire salle comble. C'est en effet la première fois que la queen of the queer s'exprime à Genève. La principale inspiratrice de la fameuse théorie qui promeut un détournement subversif des codes de genre afin de déstabiliser les normes contraignantes du régime politique hétérosexuel va encore agiter les milieux féministes essentialistes et conservateurs qui pensent la catégorie «femm » comme biologiquement naturelle.

Si on remonte à la belle époque (mai 68), une des revendications majeures des mouvements féministes était la réappropriation de leur corps par les femmes. Les pensées féministes qui se sont focalisées sur l’égalité politique et sociale jusqu’au début des années 1970 laissaient alors place à une réflexion sur les identités féminines. On s’interrogeait notamment sur la nature de ces identités, y compris dans leur dimension sexuelle.

La pensée queer reconsidère la domination de genre et cherche à travers sa déconstruction les failles du système. En agissant à ce niveau, il est possible de déstabiliser les fondements du genre. Cette subversion des normes se fait par le biais d'une multitude de pratiques, de discours et de représentations. Une des actions politiques queer vise à subvertir la sexualité straight dans son essentialité fondatrice. Le corps sexué n’est plus «naturel», il est l’objet d’une (re)construction à l’aide de prothèses, de références nouvelles.

Pourtant une question turlupine : les corps qui étaient l'objet de toutes les attentions et de tous les contrôles, ne sont-ils pas aujourd'hui dépassés ? Cette vision et ce système qui datent de la révolution industrielle de la fin du XIXe siècle ne sont plus à l'oeuvre au XXIe siècle. Ce qui est recherché dans l'organisation sociale, dans les entreprises, dans les réseaux, dans les différentes relations qui régissent notre monde, c'est l'adhésion de l'individu. Mais Judith Butler a plus d'un concept dans son chapeau et on se réjouit déjà de découvrir le prochain. Sa traductrice, Cynthia Kraus, philosophe, maître d'enseignement et de recherche à l'UNIL, sera maîtresse de cérémonie. La conférence sera suivie d'une discussion et d'un apéritif.

Date: lundi 14 mai 2012 à 18h30

Lieu : Uni Mail - MR380 - Bd. du Pont-d'Arve 40

Renseignements : www.unige.ch/etudes-genre