updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Je t'aime moi non plus?

Controversées depuis des décennies, les relations particulières qu'entretiennent féministes et lesbiennes, qui se sont confondues, séparées, retrouvées par moments, vont être au coeur des discussions. En effet, Lestime et l'émiliE mettent les pieds dans le plat et s'interrogent sur ce lien spécial à l'occasion d'un débat le 11 octobre prochain. En guise de mise en bouche, l'émiliE a posé quelques questions à la co-présidente de Lestime, Sophie Meyer.

 

l'émiliE: Pourquoi ce sujet de débat pour les 10 ans de Lestime?

Sophie Meyer: Un anniversaire, c'est l'occasion de faire un état des lieux, et d'esquisser des perspectives d'avenir. Depuis quelques temps, notre association s'est davantage rapprochée du monde LGBT, en intégrant notamment la Fédération genevoise des associations LGBT. Cependant, Lestime n'oublie pas son ancrage féministe, un ancrage historique fort, un peu en perte de vitesse, mais que nous souhaitons aujourd'hui redynamiser. C'est pourquoi nous avons voulu organiser un débat sur cette thématique, et en sollicitant un partenariat avec l'émiliE.

Lesbiennes et féministes, ce n'est pas un peu remuer le couteau dans la plaie, non?
Oui, peut-être, mais pourquoi ne pas regarder la réalité en face ? Dans les années 70 et 80, les lesbiennes se sont associées aux luttes des féministes "hétéros". Elles ont défendu des causes qui les concernaient moins directement, en attendant un retour d'ascenseur qui n'est jamais venu. A un moment donné, certaines d'entre elles ont donc préféré créer leurs propres mouvements. Il est important que la voix des lesbiennes soit entendue par le monde féministe. Nous faisons peut-être partie d'une minorité, mais une pensée et un mouvement féministe qui "rate" ses minorités (et les lesbiennes ne sont pas les seules) devrait vraiment se poser des questions de fond sur son fonctionnement et ses apriori !

Certaines lesbiennes n'entrent plus en matière avec les féministes à cause de la bicatégorisation de genre que celles-ci ont eu tendance à renforcer.Quelle est la position de Lestime là-dessus?
On ne peut pas parler d'un féminisme, mais d'une diversité de féminismes. Evidemment, nous n'avons pas vraiment d'atomes crochus avec un féminisme essentialiste vieille école, qui promeut une image de La Femme dans laquelle nous nous reconnaissons pas. Mais de nouveaux féminismes se sont développés, extrêmement stimulants et dynamiques, qui font notamment tout un travail de déconstruction de la catégorie "femme". De ces féminismes-là,nous sommes totalement preneuses !

 Les féministes, elles, ont toujours peur de se faire étiqueter "lesbiennes". Pourquoi selon vous?
Certaines féministes sont victimes d'une stratégie d'intimidation simpliste, mais efficace : critiquer et déconstruire les rapports sociaux de sexe est interprété comme une manifestation de haine envers les hommes. Et qui incarnent dans l'imaginaire sexiste et homophobe le mieux cette haine des hommes sinon les lesbiennes !Selon moi, cette stratégie masque une peur : la peur de voir les femmes gagner en autonomie à tous les niveaux. Par les temps de backlash qui courent, il faut un vrai courage pour assumer publiquement son féminisme.

Depuis des années, les lesbiennes construisent leurs alliances avec le mouvement LGBTIQ. Pensez-vous qu'aucun lien n'est envisageable du côté des associations de femmes?
Bien sûr que oui, et la réalité le prouve ! Lestime est partenaire d'une enquête sur la santé des femmes qui aiment les femmes qui a été pilotée par Profa, l'équivalent vaudois du planning familial. Le questionnaire à la base de cette étude a été élaboré en collaboration étroite avec des associations lesbiennes et lgbt du canton de Vaud et nous autres de Genève. Rien de tel n'avait jamais été fait en Suisse romande. Sur la base de ces résultats, nous allons pouvoir mettre sur pied une campagne de prévention à l'attention des lesbiennes. C'est énorme !Et si nous vous avons sollicité vous l'émiliE, pour co-organiser ce débat, c'est que nous croyons vraiment aux possibilités de collaboration entre
lesbiennes et associations de femmes.

 

Lesbiennes et féministes: Je t'aime moi-non plus?

Date: 11 octobre 2012 à partir de 19h

Lieu: Maison de quartier de Saint-Jean