updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

L’échappée, belle perspective

 

 

Une nouvelle association vient de voir le jour à Genève, avec pour but de soutenir notamment des chantiers de femmes. Cette initiative inédite a déjà reçu l’appui de femmes politiques romandes.

A première vue, on pourrait croire à l’une de ces utopies nostalgiques des mouvements hippies. Mais à y regarder de plus près, l’idée s’inspire directement de l’organisation néerlandaise Mama Cash, plus vieille institution de collecte de fonds au monde, destinée à soutenir les projets de femmes partout sur la planète. L’échappée, association créée à Genève par un groupe de féministes européennes, a des ambitions à peine plus modestes et affiche à travers le discours de ses porte-paroles, Aude Marcia et Elisa Teton, une détermination sans faille. Selon elles, «L’échappée a une vocation internationale justement parce que l’articulation entre les alternatives et les luttes sur plusieurs territoires est indispensable». Et la posture anti-mondialisation qui va d’ordinaire avec ce type de démarche ? Elles sourient du raccourci et précisent «qu'il est important de développer chaque chose localement, en portant attention au contexte, aux besoins, aux histoires spécifiques mais que cela n'empêche en aucun cas de nous relier largement et de nous nourrir des expériences des unes et des autres. Et si nous trouvons des alliées dans nos démarches, nous n'avons absolument pas envie de nous embarrasser de frontières». Avec des bases en Belgique, en France, en Suisse, en Allemagne et en Espagne, leur association, «de terrain», précisent-elles, accompagne les projets là où ils émergent.

Féministes convaincues, elles mettent la théorie en pratique : elles veulent surtout «sortir des schémas de victimisation» et «donner aux femmes une possibilité d’agir et de reprendre du pouvoir sur leurs vies». Cette logique d’empowerment s’articule autour de trois axes : la formation et la réappropriation de savoir-faire (chantiers-écoles…), l’information (radios associatives, revues alternatives, outils de parole collective…) et la transformation sociale (collectif contre le logement précaire, collectif pour la réappropriation des contraceptions…).

Ce foisonnement ouvre bien des perspectives. En matière d’apprentissage et d’insertion par exemple, cela permet à des femmes n’ayant pas accès à la formation, faute de moyens, de découvrir un métier et d’en acquérir les bases. En soutenant des chantiers-écoles non-mixtes, L’échappée ouvre aux femmes des domaines traditionnellement réservés aux hommes. L'idée est de dépasser ses appréhensions et ses réflexes d'auto-censure afin de se sentir parfaitement légitimes dans les métiers du bâtiment ou les travaux forestiers. A l’issue de ces sessions de formation, elles auront développé des compétences dans différentes branches de l’artisanat, se seront familiarisées avec les machines, auront participé activement aux processus de conception et de décision et auront rencontré des professionnelles qualifiées. Aude Marcia, elle-même plombière-chauffagiste, souligne l’importance de cette transmission des savoir-faire dans un contexte protégé des rapports sociaux de sexe.

Parmi les soutiens à L’échappée, on compte les conseillères nationales Anne-Catherine Menetrey et Maria Roth-Bernasconi, qui estime que «c'est une initiative originale, à la fois très concrète – je pense aux chantiers de femmes, aux formations pratiques –, ancrée sur le terrain, et intellectuelle, axée sur l'information». Selon elle, «cette convergence de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être est porteuse d'un grand potentiel de transformation sociale. Le fait que des jeunes femmes partagent et cherchent à réaliser une autre vision de la société me donne espoir en l'avenir». D’ailleurs la parlementaire genevoise qualifie, fort à propos, L’échappée d’association «à but constructif».

Le plus dur pour les membres de l’association, c’est bien sûr de trouver les fonds nécessaires à la mise en œuvre dans les meilleures conditions de ces chantiers-écoles. Avec la crise, les États européens ont tendance à réduire les subventions allouées à ce genre de projets. Du coup, le financement privé prend la relève, dans la mesure du possible. Rien ne semble démonter les jeunes organisatrices qui sillonnent l’Europe dans ce but.  Nous exposons notre démarche à des fondations, lors de soirées publiques et aussi chez des particuliers conscientisés qui souhaitent nous soutenir en invitant leurs connaissances pour récolter des dons. Ça peut ressembler à des réunions Tupperware, mais c’est une pratique de collecte courante, qui permet de se rencontrer réellement et d'établir des liens de confiance», explique Aude Marcia. Le chantier de l’été 2013 se déroulera dans l’Isère et L’échappée cherche encore 70’000 francs afin de pouvoir boucler son budget d’un total de 216’000 francs.

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L'échappée,  c/o Lestime 5, rue de l'Industrie 1201 Genève