updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Excision toujours et encore

 

C’est à Benoîte Groult que nous devons la première dénonciation publique, dans les années 70, du «secret le mieux gardé du monde» dans son livre Ainsi soit-elle. Depuis, de nombreuses campagnes ont eu lieu dans nos pays comme en Afrique pour dénoncer cette pratique néfaste à la santé des femmes et des enfants. Pourtant les mutilations génitales sont toujours pratiquées, même dans les pays qui ont voté des lois les interdisant comme en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso ou même au Sénégal.

Agnès Boulmer a terminé en 2012 un magnifique film de sensibilisation intitulé La plaie et le couteau après trois ans de tournage au Mali, au Sénégal et en Suisse. Elle donne la parole aux personnes concernées pour aborder la complexité du problème. Certains témoignages font froid dans le dos, comme celui de cet imam qui dit : «Si nos femmes n’étaient pas excisées comment pourrions-nous les satisfaire, nous qui pouvons en avoir jusqu’à quatre ?». Les justifications sociales, religieuses ou morales ne sont pas convaincantes, il semble bien que la raison majeure soit le maintien des femmes dans l’asservissement. Heureusement, le film donne aussi la parole à celles et ceux qui s’engagent dans la lutte pour l’abolition des mutilations génitales féminines jusque dans la pratique.

Nos pays européens sont aussi concernés. D’une part, l’excision était pratiquée chez nous, par exemple au XIXe siècle : des psychiatres l’employaient contre la masturbation et l’hystérie. D’autre part, elle est encore pratiquée dans les communautés migrantes. Il faut donc se garder d’une vision simpliste sur la barbarie des autres.

Ce discours colonial et raciste peut entraîner par réaction une reprise des pratiques traditionnelles comme on la vu en Inde avec le sati alors que cette pratique était en train de disparaître. De la même façon les Africaines et les Africains peuvent vouloir défendre leur coutumes face aux donneurs de leçon qui exploitent leurs ressources depuis des siècles.

Ce film, après celui de Carole Roussopoulos Femmes mutilées, plus jamais, en 2007, peut être un outil de sensibilisation autant en Afrique que chez nous. En Suisse, grâce à Maria Bernasconi, une loi pour l’interdiction des mutilations génitales féminines a été adoptée en 2011. Le travail d’éducation et d’information doit être poursuivi, entre autres par l’intermédiaire des migrant-e-s toujours en contact avec leurs familles sur place. Une attention particulière doit aussi être donnée aux exciseuses pour qu’elles puissent trouver de nouvelles sources de revenus.

A noter que dans nos pays, on voit de nouvelles opérations soi-disant esthétiques proposées aux jeunes, comme la résection des petites lèvres ou la conformation à une norme idéale qui remplit les bourses de chirurgiens véreux. Les dégâts psychologiques dans la course à une conformité impossible, ainsi que les conséquences physiques lors de la pénétration ou encore plus lors de l’accouchement, selon la cicatrisation obtenue, doivent être dénoncés. Cette pratique peut être considérée comme tout aussi barbare.

 

Documentaire La plaie et le couteau, d'Agnès-Maritza Boulmer

DVD, avec la version longue du film de 62 minutes en VO (français, woloff et bamabara sous-titré français), mais aussi en version sous-titrée en anglais, avec un bonus de 4 portraits de militants en Afrique de l’Ouest (Cameroun, Côte d’Ivoire et Sénégal) en français.

© Photo DR/ La plaie et le couteau