updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Un 8 mars sans conviction?

A la différence de nos voisins européens, la Journée internationale des femmes mobilise peu en Suisse. Est-ce le signe d’un désintérêt, d’un repli ou d’un déplacement des lignes de combat. Maria Bernasconi, conseillère nationale genevoise, revient sur ce constat.

Qu'avez-vous fait ce 8 mars?
Le matin, j'ai bu un café avec une copine, l'après-midi j'étais à la manif pour le 8 mars et le soir au théâtre La Traverse: "Mais que veulent-elles encore? Encore!" Drôle et touchant, sur le chemin parcouru par les femmes en Suisse.

La presse généraliste juge qu'en Suisse, le 8 mars a faiblement mobilisé. Qu'en pensez-vous?
Oui, la mobilisation était faible. Il faut peut-être réfléchir à faire autre chose. Et l'égalité, visiblement, n'attire plus les gens... Et aussi essayer de mobiliser des femmes et des hommes dans un cercle plus large.

A quoi attribuez-vous le fait qu'il n'y ait pas de grands défilés ce jour-là comme en France ou en Espagne?
L'égalité respectivement les inégalités sont moins visibles en Suisse qu'ailleurs. Nous avons déjà atteint beaucoup de choses quand on compare avec la vie de nos mères. L'inégalité salariale ou la violence à l'égard des femmes sont peu visibles. Il est donc plus difficile de mobiliser.

La multitude de petits événements sans coordination est-ce plus révélateur d'une époque (individualiste) ou d'une culture (les Suisses manifestent rarement dans la rue) ?
Je pense que la coordination n'était pas très bonne. Certaines personnes ont reçu l'appel seulement le jour même. Et il a fait beau, les bobos de gauche sont partis dans leur résidence secondaire (sourire)...
Et je pense qu'effectivement l'époque est à l'individualisme et au chacun pour soi et que le meilleur gagne.
Mais quand la cause est vraiment ressentie comme importante, on peut encore mobiliser. Je pense à la manifestation du 1er mars par rapport au vote du 9 février à laquelle j'étais par ailleurs.

Y a-t-il une nostalgie de la grève des femmes ?
Non, il ne faut pas être nostalgique. C'était une autre époque. Réfléchissons plutôt à une nouvelle manière de lutter pour l'égalité entre femmes et hommes.

Cela vous donne quel sentiment pour l'avenir ?
Je me fais du souci, pas seulement pour l'égalité mais pour la politique qui ne fait plus que suivre les médias populistes et qui soutient les discours xénophobes. Les politiques ont une grande responsabilité pédagogique pour faire passer un autre discours. Les partis du soi-disant centre ont abandonné ce terrain, hélas. En outre, quand les réactionnaires gagnent, les femmes plus que les hommes, sont perdantes. Seul point positif : la votation sur l'avortement que nous avons largement gagnée. Cela donne un peu d'espoir, pour ma fille et ma petite-fille!

Photo © Anne C.