updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Transfashion, entrée des artistes

Ils/elles ont imaginé, dessiné, récupéré, cousu, collé, façonné toutes sortes de matériaux qui avaient déjà servi pour les réinterpréter et leur donner une autre vie. Le temps d’un défilé, ces artistes, ces étudiant-e-s, ces professionnel-le-s ont créé une collection particulière où il est question de transformation mais pas seulement : le genre est lui aussi au cœur du sujet. Acte politique, manifeste créatif ou démarche artistique, chacun-e a une bonne raison de participer à Transfashion resistance. Deux d’entre eux, Feyq et Mathias Pfund, ont accepté de nous faire partager leur cheminement.


A la base, ce ne sont pas des stylistes du recyclage, un mouvement qui a émergé depuis quelques années sur le continent africain et en Allemagne où des créateurs-trices se sont opposé-e-s à la fast fashion d’Inditex (Zara) et de H&M qui consiste à produire des vêtements rapidement, en masse et à bas prix. Valoriser les déchets textiles ou autres n’était pas une obsession dans leur parcours créatif et pourtant ils/elles ont accepté de réfléchir à la problématique de la fringue jetable, première étape à une remise en question de cette société surconsommatrice qui malmène la planète et les humains qui y vivent. L’obligation de n’utiliser que des matières déjà utilisées pour le défilé a-t-elle représenté un défi pour ces jeunes artistes ? Pour Feyq, performer et designer, ces contraintes s’apparentent à un jeu et explique  que «nos règles sont : réduire, transformer, recycler, observer, récupérer, prendre du temps... Sauter dans le tas, malaxer, faire, défaire, recommencer, distribuer. L'idée de nouveau, neuf, original, est une illusion. C'est un tour de passe passe». D’autres au contraire, comme Mathias Pfund avouent avoir été déconcerté-e-s. Il dit avoir «parfois de la peine à travailler avec des matériaux préexistants, puisqu'ils conservent leurs qualités propres (ce qui est plutôt une bonne chose dans l'absolu) mais ne correspondent fatalement jamais vraiment au projet pensé en amont». Il reconnaît pourtant qu’«au contact de la matière le projet évolue, et c'est toujours assez stimulant de devoir trouver des astuces pour éviter le naufrage». Entre création et transformation, la frontière devient alors ténue. Pour Mathias Pfund, il s’agit de «déplacer», tandis que Feyq parle de «passing de formes».

Quant aux problématiques de genre, les artistes n’y étaient pas intéressé-e-s de la même manière. L’idée d’un projet collectif comme Transfashion leur a permis de confronter leur vision en la matière. Si Feyq explique avoir incorporé ces thématiques dans son quotidien, Mathias Pfund en revanche reconnaît une forme de résistance et dit s’être «conscientisé et approprié certains enjeux liés à ce sujet» en cours de projet. Au point d’avoir «par la suite décidé de suivre quelques conférences universitaires sur le propos afin d'étoffer (sa) réflexion». Pour sa part, «le projet a vraiment été conçu en grande partie lors de discussions, parfois houleuses, avec ma famille, mes amis, quelques-uns de mes enseignants curieux et surtout avec Clémentine, étudiante en anthropologie. Bien plus que mannequin lors du défilé, elle fait partie intégrante du projet, tant dans sa conception théorique que plastique».

Alors y a-t-il un avant et un après Transfashion ? Feyq, en tant que «crafty bitch» dit être dans la lignée. Habituée des expériences féministes, elle avoue son côté «workshop addict» et se souvient que dans «un des premiers ateliers féministes DIY auquel j'ai participé (…) on apprenait à fabriquer des fouets en chambre à air. Je suis tombé amoureux de cette matière depuis. C'est du veg leather!». Mathias Pfund explique que «c'est la première fois que je travaille sur un projet collectif. Le résultat formel peut effectivement se rapprocher de ce que je produis au sein de mon atelier mais c'est surtout dans le processus que réside l'aspect inédit de l'aventure. C'est d'ailleurs une ouverture plus que bienvenue, qui amène de nouveaux contextes de production et permet surtout de rencontrer d'autres personnes (et d'autres sensibilités)».
Pour l’émiliE, rassembler autour d’un projet des artistes différents dans leur histoire, leur expérience et leur vision constituait certes un défi mais contribuait à offrir une diversité source de richesse et d’ouverture. Le 13 juin prochain à Genève, ces jeunes artistes dévoileront lors de ce défilé unique leurs créations originales. Applaudissements.


Les artistes de transfashion sont : Feyq, Mathias Pfund, Evy Allegri, Olivier Cazenove, Annia Diviani, Enora Diviani, Eustache Mc Queer, Nicole Murmann, Marie Theis, Marianne Villiere et la photographe invitée Neige Sanchez.

Photo © Neige Sanchez