updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Deux personnalités, un débat

 

Christine Bard et Lalla Kowska-Régnier, les deux intervenantes au débat Transfashion échangeront leurs points de vue sur la mode, ses codes, ses injonctions, ses impacts environnementaux, ses logiques post-colonialistes, point de départ à une réflexion plus large sur les corps et la question d’un retour au biologique. Faut-il craindre une dépolitisation des rapports de genre ? Que signifie aujourd’hui être une femme ? Christine Bard et Lalla Kowska-Régnier vont démêler quelques fils en direct le 13 juin prochain.  

Christine Bard, professeure d’université en histoire contemporaine, s’est intéressée en particulier à deux vêtements emblématiques, la jupe et le pantalon, dans deux ouvrages (Une histoire politique du pantalon et Ce que soulève la jupe) qui ont eu un grand retentissement en France. Elle y montre comment le vêtement est un objet genré, socialement construit, et comment il est un instrument de pouvoir. Ces morceaux de tissu, d’apparence anodine ont en réalité une signification politique. Vêtement fermé, le pantalon est l’apanage des hommes, à la différence de la jupe, assignée aux femmes, qui souligne l’accessibilité du sexe féminin, son ouverture. Au fil de l’histoire, Christine Bard dresse une cartographie des espaces féminins et masculins et des déplacements de certaines frontières rendus possibles par des transgressions de genre.

En matière de transgression, Lalla Kowska-Régnier s’y entend. Elle apparaît en 2004, à 33 ans, après avoir été le présentateur de la Nuit gay sur Canal+, porte-parole d'Act-Up sur le coup médiatique le plus marquant de l’association en recouvrant l'obélisque de la Concorde à Paris d'un préservatif rose géant. Lalla est depuis bien décidée à se battre pour être elle-même. 
Depuis février 2013, son état civil est officiellement en accord avec qui elle est : une femme. Pour elle, plus que le vêtement c’est le corps qui l’intéresse, le sien en particulier. A cet égard, on se demandera si sa longue marche pour devenir une femme pourra trouver un écho dans le cadre des luttes féministes ? L’autre question sera de savoir alors même que le corps de Lalla est un sujet (d’étude, d’attention, de contrôle etc) comme celui de toutes les femmes, doit-on pour autant revenir au biologique? Les femmes doivent-elles toujours être réduites à leur corps ? Est-ce là ce qui les réunit ?

Quand Lalla dit que «le féminisme n'a rien à voir avec le biologique, pas de chronomètre dans son corps, pas de grossesse ou d'instinct maternel pour inscrire une identité «femme» essentialisée», la philosophe Elsa Dorlin précise que le transinisme de Lalla ne s’inscrit pas dans la mouvance transgenre pour autant. Selon elle, «les coalitions ne doivent donc pas être confondues avec de belles déclarations de principe (nous sommes tous des sujets trans) : les femmes trans (opérées ou non)-comme les femmes «biologiques» - subissent les mêmes insultes et la même domination hétérosexiste - ce n’est ni leur carte d’identité ni leurs chromosomes, ni leur vagin qui les réunissent, mais un même combat».

A l’heure des crispations autour d’une pseudo théorie du genre, il semble que le «nous, les femmes» du féminisme mainstream se dilue quelque peu. Les féministes accueilleraient dans leurs rangs des lesbiennes, des trans, des intersexes, des gays, des hommes ?! Les contours d’alliances inattendues se dessinent depuis quelques années déjà. Plus récemment, des adolescents ont réédité la journée de la jupe dans leur lycée à Nantes soulevant un tollé jusque sur les bancs du parlement français. Reprenant à leur compte le titre du livre de Christine Bard Ce que soulève la jupe, ils ont fait le buzz sur Internet et la une des médias. Des garçons arrivant en jupe au lycée, il n’en fallait pas plus aux adeptes de la Manif pour tous pour crier au scandale. De jeunes hommes ont questionné le genre à travers une jupe s’appropriant ainsi des concepts féministes… L’habit ne ferait donc pas le moine ?

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