updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

A.M. Rey désavouée par les féministes

Les féministes romandes se positionnent clairement par rapport à ECOPOP et s’écartent d’Anne-Marie Rey, pionnière du droit à l’avortement qui elle, soutient l’initiative xénophobe soumise au vote le 30 novembre prochain. Elles s’expliquent.


Des féministes romandes se distancient d’ECOPOP et d’Anne-Marie Rey. L’une d’elle, Rina Nissim, a décidé de retirer son soutien (promesse de don) au projet de fonds d’aide pour les femmes qui n’arrivent pas à financer une interruption de grossesse, dont Anne-Marie Rey est la secrétaire. Ce projet est pourtant valable, mais dans le même temps, Anne-Marie Rey soutient publiquement l’initiative ECOPOP, ce qui pose un sérieux problème aux féministes. Pour rappel, ECOPOP (pour «ECOlogie et POPulation», association fondée en 1986) veut d’une part plafonner à 0,2% la croissance annuelle de la population due à l’immigration soit 17'000 étrangers par an contre plus de 80'000 aujourd’hui. D’autre part, l’initiative demande que 10% de l’aide au développement soit affectés au contrôle des naissances dans les pays pauvres.

Anne-Marie Rey serait-elle une Margareth Sanger des temps modernes ? Cette dernière avait lancé la pilule contraceptive avec Gregory Pincus et ce qui allait devenir l’IPPF (Fédération Internationale pour le Planning Familial) pour contrôler les naissances dans les pays pauvres était surtout destiné à limiter l’accès aux ressources afin qu’ils ne viennent pas réclamer leur part du gâteau. L’histoire a montré que ce sont les femmes des pays riches qui se sont emparées de la pilule, ce qui a contribué à leur autonomie et leur émancipation. Toutefois, divers programmes de contrôle des populations ont été conduits par des personnes du même courant (IPPF, USAID) dont des stérilisations forcées, entre autres en Amérique du Sud et en Inde. L’initiative ECOPOP prévoit de consacrer 10% de l’aide au développement au planning familial, l’histoire continue ! On sait pourtant que ce dont les femmes ont besoin dans les pays appauvris, c’est l’accès à l’eau, à l’alimentation, à un habitat digne, à l'éducation et à l'indépendance économique. Quand leur situation économique s’améliore un peu, la mortalité infantile baisse, et elles peuvent alors elles-mêmes réduire le nombre d’enfants. C’est cela qui doit guider l’aide au développement et pas les politiques contraignantes de contrôle des populations.

Après Rina Nissim, ce sont aussi Doudou Denisart et Elisabeth Jobin de l’ASDAC (Association suisse pour le droit à l'avortement et à la contraception) qui se sont distancées de cette ligne politique qui voudrait rendre les étrangers responsables des problèmes écologiques. Elles nous rappellent que l'engagement de Madame Rey dans ECOPOP ne date pas d'aujourd'hui : elle fut déjà, en 1971, la secrétaire de la «Communauté suisse de travail pour les questions de population», qui changera de nom en 1986 pour devenir l’Association pour l’environnement et la population ECOPOP. Cet engagement avait conduit l'ASDAC à devoir clarifier ses positions, en particulier en délimitant formellement les domaines dans lesquels l’association pouvait faire cause commune avec Madame Rey. Pour mémoire, Anne-Marie Rey comme toutes les personnes citées ici ont lutté pendant une quarantaine d’années pour le droit à l’avortement et à la contraception, Madame Rey au sein de l’USPDA (Union suisse pour la décriminalisation de l'avortement), et les autres au sein de l’ASDAC et du mouvement féministe.

Ces féministes entendent rester solidaires avec les femmes défavorisées qui souhaitent interrompre une grossesse par d'autres réseaux.

Photo DR, matériel de campagne