updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Catherine Thobellem, femme d'action

Une nouvelle génération de femmes entend se faire une place en politique. Catherine Thobellem, conseillère municipale en ville de Genève, se représente en  avril 2015. Elle revient sur ses motivations, ses combats, sa réalité de femme politique au service de la collectivité. Interview.

l’émiliE : Qu’est-ce qui vous a poussée à entrer en politique ?
Catherine Thobellem : J’ai adhéré au parti des Verts genevois en 2008 pour me mettre au service de la collectivité. Pour défendre les idées et les fondamentaux qui sont centrés sur l’humain pour une société plus juste, plus sociale et plus égalitaire et ainsi être un relais de celles et ceux qui défendent notamment l’égalité des droits pour toutes et tous dans d’autres cadres qu’un parti politique.

Dans un premier temps, j’ai intégré le bureau directeur de mon parti afin de travailler plus directement sur les stratégies. Actuellement, je siège en Ville de Genève depuis environ deux ans et me représente aux prochaines élections municipales.

Mon objectif est principalement le maintien de la gauche et bien sûr des Verts pour assurer des prestations de qualité à la population. Car il existe un véritable danger incarné par le MCG, mouvement populiste, qui diffuse des messages fortement discriminatoires. Il y a une vraie menace sur les politiques publiques (la promotion de l’égalité et de la diversité, la cohésion sociale, les mobilités douces) mises en place par la Ville. On peut craindre des coupes budgétaires qui toucheraient des prestations essentielles aux Genevois-es et des remises en question sur les subventions aux associations. Je soutiens le monde associatif, alternatif et culturel en défendant fermement les subventions.

Quelles sont les stratégies des Verts pour contrer cette menace ?
Il est vrai que ce n’est pas dans la stratégie globale des Verts d’aller contre un parti mais plutôt de mettre en avant les projets et les bilans notamment celui de notre magistrate Esther Alder qui est excellent : tout ce qu’elle a promis durant sa campagne, elle l’a réalisé pendant cette législature. L’idée est de valoriser tous les résultats obtenus et de le faire savoir.

Derrière un parti, il y a des humains. Certains sont plutôt sages. Je fais partie des frondeuses, et rebelles dit-on, car je suis spontanée et ne me gêne pas pour dire très clairement ce que je pense. Notamment par rapport à la menace de droitisation de notre vie politique genevoise et au danger de réduction des prestations à la population. Pour  moi, le MCG est un parti clairement xénophobe qui s’attaque aux minorités : les frontaliers sont une cible mais il raille aussi les femmes. Nous avons un devoir d’information à la population sur les effets discriminants de cette politique populiste.

Justement on dit que c’est plus dur pour les femmes de faire de la politique, c’est la réalité ?
Les femmes représentent la moitié de la population et ne sont que 26% au Grand Conseil genevois, notamment. Il y a un réel problème de représentation des femmes en politique mais aussi dans les conseils d’administration et les postes à responsabilité.

Aujourd’hui encore, concilier vie de famille, vie professionnelle et politique est particulièrement plus compliqué pour les femmes que pour les hommes. N’ayant pas d’enfant, j’ai une certaine liberté. Je dois juste accorder mon mandat électif, mon travail, mon engagement au sein des associations, mes loisirs et ma vie privée.

Si les femmes sont peu nombreuses en politique c’est parce que, notamment, les hommes n’investissent pas assez la sphère familiale afin de mieux partager les tâches initialement dévolues aux femmes. Des solutions comme le congé-paternité et le travail à temps partiel des hommes permettraient un partage équitable afin que les femmes s’engagent davantage en politique.

Je fais aussi le constat que plus on s’oriente vers une droite dure, moins il y a de femmes, cela s’inscrit dans une vision conservatrice de ces partis qui pensent que la place de LA femme (c’est comme cela qu’ils nous nomment) est en priorité à la maison à s’occuper des enfants et éventuellement à fréquenter une association. Les partis les plus progressistes promeuvent et soutiennent la représentation des femmes et de la diversité en politique.
 
Comment se traduit ce soutien concrètement ?
Notamment par l’institution de la parité dans les statuts des partis et des quotas. Ces moyens sont critiquables mais il s’agit de solutions efficaces jusqu’à ce que l’égalité en politique devienne une évidence. Certains partis et des associations effectuent également un travail important (débats, événements, manifestation, formation) pour la promotion des femmes en politique. La gauche soutient les associations de défense des droits des femmes et des minorités, dont certaines ne pourraient pas vivre sans subvention.


Les subventions de fonctionnement sont pourtant de plus en plus rares ou bien ?
Le système libéral et néo-libéral dans lequel nous vivons a pour doctrine que les associations devraient subvenir à leurs besoins et recevoir des dons de privés. Or, les associations défendent des causes et suppléent au travail de l’Etat dans le domaine de l’inclusion des minorités, du social, de la santé, de la diversité, de la culture. Si les subventions de ces associations venaient à diminuer, il y aurait de véritables carences et la combativité des groupes de pression seraient menacés. Un danger pour la démocratie participative.

Actuellement des associations sont subventionnées de manière permanente et d’autres ponctuellement ou sur des projets bien précis (Agenda 21). Ces dotations sont la preuve d’une politique très volontariste de la Ville de Genève dans sa configuration actuelle.

D’ailleurs, lors du budget 2014, suite à des velléités de la droite de couper à la hache certaines lignes du budget, nous avons pu sauver l’Agenda 21 et les unités d’action communautaire, soit 44 postes. Si l’on prend une unité de l’Agenda 21, deux collaborateurs travaillent sur les questions liées à la diversité, l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Ils financent, notamment, des projets que leur soumettent les associations concernées. 
Pour les partis populistes, ces structures sont redondantes avec l’état. Quant aux associations LGBT, ils n’ont vraiment pas l’air de savoir à quoi elles servent.

Est-ce un enjeu dans cette campagne ?
La représentativité des femmes pour les prochaines élections est un véritable enjeu. Les Verts présentent 15 femmes sur 30 candidats. La parité est parfaite. D’ailleurs, les candidates de tous partis confondus se font de plus en plus visibles.
Il y a également des associations féminines et/ou féministes en action pour inciter les électrices et électeurs à voter pour les femmes. Il y a réellement une prise de conscience de la sous-représentation des femmes et des résultats qui en découlent.

Pour défendre ces acquis, participerez-vous à la manifestation du 7 mars à Berne ?
Je soutiens totalement la manifestation à Berne à la veille de la journée internationale du droit des femmes, mais il y a une autre manifestation à Genève en faveur de l’égalité des droits. Je dois faire un choix hélas et resterai donc à Genève pour que les femmes soient également représentées.

Comment expliquez-vous que les voix écoféministes soient si faibles dans les luttes féministes?
Pour moi, l’écoféminisme est la colonne vertébrale qui guide mes actions politiques. Je ne peux pas choisir entre l’écologie et le féminisme, c’est un ensemble. La démarche féministe est globale, elle inclut les droits humains de manière générale, y compris l’aspect durable et responsable du développement. C’est une vision à long terme. 

Que vous inspire le revirement du PDC suisse sur la définition du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme sur l’initiative «Contre la pénalisation fiscale des couples mariés» ?
Dans leur initiative, il voulait inscrire «le mariage est l’union durable et réglementée par la loi d’un homme et d’une femme». Avec ce texte, il gravait dans une loi cette notion alors qu’elle n’existe pas dans notre Constitution et scellait le débat sur le mariage pour tous.

Le PDC s’est étonnamment rendu compte qu’il discriminait avec cette inscription les couples liés à un partenariat enregistré (le pacs) et que probablement elle ne passerait pas devant le peuple. Je ne peux que saluer leur prise de conscience et constater une certaine ouverture de ce parti pour débattre sur ce projet. Ou est-ce une coïncidence avec les élections fédérales de cette année ?

Néanmoins, le contre-projet doit être déposé au Conseil des Etats le 7 mars prochain. Les Conseillers aux états de droite étant réputés ultra-conservateurs, il n’est pas certain qu’il l’accepte et par conséquent, leur revirement n’aura servi à rien sinon de leçon..  

Photo DR, Catherine Thobellem en action au premier plan