updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Pour une politique de gender budgeting

Les politiques publiques sont-elles efficaces pour instaurer une égalité réelle dans l’espace public en général et les équipements de loisirs en particulier ? A Genève, l’exemple du skate-park montre qu’il reste du chemin à parcourir. Pourtant des solutions existent et pourraient être mises en œuvre.

En cette fin d’après-midi au skate-park de Plainpalais à Genève, des jeunes évoluent en virevoltant sur les rampes. Parmi eux, aucune fille. Etonnant si l’on se souvient des efforts de la municipalité pour y attirer les adolescentes. En effet, à l’occasion du 8 mars 2014, la Ville de Genève avait organisé une journée au skate-park exclusivement réservée aux filles à grand renfort de battage médiatique. Un one-shot au succès mitigé car plus d’un an après, force est de constater que le lieu est monopolisé par les garçons.

De manière plus générale, c’est un fait, l’espace public appartient aux hommes, les femmes ne faisant qu’y passer. En cause, le manque de temps lié à la double-journée travail/tâches domestiques et le sentiment d’insécurité qui constitue la raison principale de cette non-mixité urbaine. Comme l’explique Yves Raibaud, maître de conférence à l’Université de Bordeaux 3, l’architecture des villes renforce cette impression anxiogène, «une architecture qui vient d’en haut, faite par des hommes blancs, riches et en voiture, programmée pour l’obsolescence».

Les villes ne sont pas pensées pour les femmes mais bien pour les hommes qui les conçoivent, les construisent et les budgètisent. A fortiori pour les équipements de loisirs et les espaces sportifs, fréquentés aux deux tiers par des hommes, comme l’ont montré les travaux des sociologues Edith Maruéjouls et Yves Raibaud, géographes spécialistes du genre. Leur rapport est sans appel : on compte 100% de garçons dans les cités stades (ou citystades), 95% dans les skates parks, près de 80% dans les salles et lieux de répétitions de musique... Derrière ces chiffres se dessine un enjeu quant à l’utilisation de l’argent public. Avec cette problématique au vu des inégalités persistantes, construire un skate-park, est-ce égalitaire ?

Pour Edith Maruéjouls, cela revient à «institutionnaliser la présence masculine en construisant massivement des équipements à symbolique masculine et à forte fréquentation des garçons et des hommes».  Dans cette démarche, tout est inégal : la valeur (l’équipement masculin est plus présent), la redistribution (l’argent public est dirigé principalement vers la pratique masculine) et l’accès (les filles ont moins de lieux de pratiques). Selon la sociologue, l’idée serait de désexuer, de neutraliser les espaces «en arrêtant de les qualifier et de les légitimer comme féminins ou masculins».

Une autre piste visant à rééquilibrer les politiques publiques sportives et de loisir, serait de mettre en place des politiques de «gender budgeting». Instaurer une mixité active et pas juste une simple égalité des droits semble pour les auteurs du rapport un préalable. Pour parvenir à l’égalité réelle, il faut encore travailler sur l’égale redistribution (la justice sociale), l’égal accès (les mêmes choix) et l’égale valeur (l’absence de hiérarchisation). Ainsi donc avant de rencontrer autant de filles que de garçons au skate-park de Genève, la Ville devra revoir sa copie tant en matière d’approche que de communication.

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