updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

De Senarclens, herself and porn

On n’a jamais fini de débattre de la pornographie. Bloom and Boom, une association pour les femmes à Genève, prétend en donner une nouvelle lecture le 29 mai prochain autour d’une table ronde intitulée "Me, myself and porn" qui rassemblera Ovidie, ancienne star du X reconvertie dans… le porno, passée de devant à derrière la caméra, Caroline Dayer, spécialiste en études genre à l’Université de Genève, Stéphane Morey, co-fondateur du festival des sexualités la Fête du slip. Osé ? Pascale de Senarclens, directrice de l'association, dévoile pour l’émiliE les dessous d’une rencontre qui promet d’être passionnante.

l'émiliE: Pourquoi ce débat sur la pornographie ?
Pascale de Senarclens: Pour deux raisons. D’une part en tant qu’association pour les femmes, on trouvait important d’aborder cette question parce qu’on s’est aperçu que beaucoup de femmes se sentent indifférentes, pas concernées voir agressées par le sujet. On s’est demandé pourquoi. Je trouve que ça contribue à des stéréotypes sur la sexualité féminine qui serait plus intellectualisée, romantique versus une sexualité masculine plus brute, plus pulsionnelle. Alors que devant un film porno tout le monde peut ressentir quelque chose. Après on a besoin d’une pornographie qui nous respecte, qui nous ressemble et il y a à ce niveau une inégalité entre hommes et femmes. L’autre raison c’est qu’il y a souvent un jugement tacite envers les hommes qui consomment de la pornographie. En tant que femme hétéro agressée par la pornographie, quel est le jugement que je vais porter sur mon partenaire qui en regarde ? J’ai d’ailleurs l’impression que le dialogue est peut-être plus ouvert au sein des couples de même sexe.

Vraiment ?
Lorsque je discute avec des ami-e-s homosexuel-le-s, je trouve que c’est plus facile, moins émotionnel. Peut-être parce que lorsqu'on doit faire son chemin émancipatoire très jeune par rapport au fait d’aimer en dehors de la norme imposée par la société, on se libère de certains jugements que l’on peut avoir sur soi ou l’autre.

Plus assumé ?
Oui plus assumé, plus libre, même plus serein.

Mais ce genre de débat n’est-il pas un petit peu racoleur ?
Notre communication n’est pas massive justement parce que l’on veut éviter un débat stérile ou un dérapage émotionnel vers le rapport des adolescent-e-s à la pornographie ou les problèmes d’addiction… Qu’on débatte de ce qui est moral ou pas n’est pas le propos de notre démarche. De plus, il est vrai qu’en invitant Ovidie, nous avons eu peur que la soirée attire un public plus intéressé par l’ancienne star porno que par la réflexion elle-même.

Alors pourquoi avez-vous invité Ovidie ?
Une des membres de notre comité a été interpellée par son livre porno manifesto, dans lequel elle évoque la puissance sexuelle des femmes et pourquoi les sociétés les tiennent éloignées d’une certaine forme de sexualité. On y a vu une clé pour notre débat et une piste émancipatoire pour les femmes.

Ce débat serait donc libératoire pour votre public ?
Oui c’est une porte d’entrée pour s’approprier sa sexualité et réfléchir à son rapport au plaisir, au corps, à l’autre. On espère aussi déconstruire certains préjugés que les femmes ont sur les hommes et vice versa. Ce qui me frappe également c’est le fait que les filles ne sont pas du tout éduquées en terme de plaisir sexuel. Jeune, on m’a juste parlé du sida, du viol, et de la contraception, c’est tout. C’est un rapport à la sexualité féminine complètement anxiogène. Dans les pornos féministes, même si les scènes et ambiances restent souvent très traditionnelles, le plaisir féminin est mis en avant.

Votre démarche s’inscrit-elle dans une vision féministe pro-sexe ?
Même si cette approche nourrit notre propre réflexion, promouvoir la pleine liberté sexuelle comme par exemple, le mouvement sex positif est encore très élitiste. Tout le monde n’a pas eu accès aux études genre et tout le monde n’a pas de relations sexuelles avec orgasme systématique. Du coup on veut éviter un discours du type «si tu t’éclates pas sexuellement et que tu n’es pas à l’aise avec le porno, tu n’es pas cool».

Il y aurait un culte de la performance chez les féministes pro-sexe ?
Cela peut être un risque d’interprétation. Toutes les femmes n’avancent pas au même rythme sur le chemin de l’émancipation. Le côté sexualité exacerbée peut être perçu comme une injonction de plus pour être performante au lit. Au même titre qu’il y a  cette obligation chez les hommes.

Peut-être faut-il revenir à la définition même de la pornographie ? Pour vous, c’est de l’art ou du divertissement ?
Pour moi, à la base, la pornographie est un support de stimulation sexuelle. Pour les femmes dont l’accès au plaisir n’est pas toujours simple, cela peut faciliter la connaissance et d’exploration de soi. On oublie que la sexualité est très individuelle et n’est pas toujours liée au couple. On a un monde sexuel personnel à explorer, qui est riche et qui n’appartient qu’à nous. On peut vivre la sexualité seul-e, en couple, à plusieurs, avec différents supports, ou non, c’est une liberté individuelle et intime.

Pensez-vous que Genève a besoin d’être (r)éveillée au sujet de la pornographie?
Le protestantisme marque la ville de son empreinte. Le rapport au corps, à la sexualité est assez coincé et culpabilisant. C’est en effet très important d’organiser ce type de débat ici. Mais je pense qu’il faut le faire partout. 

Photo © Bloom and Boom

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