updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

L'accouchement sous contrôle

Alors que Genève a prévu d’inaugurer «la plus grande maternité de Suisse» en 2016 avec 12 salles d’accouchement et 134 lits pour accueillir 4000 naissances par an, le succès des maisons de naissance et leur environnement plus intime va grandissant. Au-delà du choix qui s’offre aux futures mères, il y a surtout un enjeu économique et idéologique. Et en fin de compte, le corps des femmes fait encore et toujours l’objet de tous les contrôles.

Chaque année, quelque 5300 bébés voient le jour dans le canton, la plupart aux HUG. Depuis 2009, la première maison de naissance Dix-Lune a ouvert ses portes à Puplinge pour proposer aux femmes une alternative au cadre ultra-médicalisé de la maternité. En 2012 à Genève, La Roseraie a été la seconde structure de ce type à se lancer dans cette voie. Cette maison s’apprête d’ailleurs à accueillir son 200ème nouveau-né. Si l’accouchement au naturel avec un accompagnement personnalisé sans consulter de médecin sauf pour les échographies de contrôle séduit de plus en plus, il n’est pas sans risque. En moyenne, 30% des femmes doivent être transférées à l’hôpital en raison de complications survenues au cours de l’accouchement. C’est du moins ce qu’affirment les médecins qui rappellent que le taux de mortalité des nouveau-nés est trois fois supérieur lorsque la naissance n’est pas médicalisée. Ils soulignent également l’éloignement des maisons de naissance qui augmente d’autant le risque. Certains dénoncent même le fait que les sages-femmes qui veillent sur les parturientes tardent à les transférer vers l’hôpital en cas de problème. Bref, ce sont deux conceptions qui s’affrontent.

L’enjeu économique est de taille pour les HUG étant donné le coût de la nouvelle maternité (217 millions pour les trois premières étapes, 161 millions pour la dernière) : le taux d’occupation des lits doit être maximum. Dans l’hypothèse où les femmes déserteraient massivement l’hôpital pour aller vers les maisons de naissance, le retour sur investissement ne serait pas garanti. D’un autre côté, les sages-femmes indépendantes ne peuvent que se réjouir du succès grandissant de leurs maisons de naissance. L’accouchement est peut-être un bon business mais les femmes dans tout ça ? On leur tricote un discours sur mesure de part et d’autre afin de les attirer dans les filets. Sécurité, nature, peur, culpabilité, responsabilité, on joue sur différents registres avec en arrière-plan le spectre de la mauvaise mère (et son pendant la bonne mère). De la même manière que les discours qui entourent le recours à la péridurale ou l’allaitement, les femmes tombent sous le coup d’injonctions en tout genre qui brouillent la lisibilité de la situation et qui entravent leur liberté de choix. Ce ne sont plus des informations qu’on leur livre mais bien des idéologies sous-tendues par des logiques économiques, politiques et sociales.  Pourquoi devrait-on souffrir en accouchant ? Pourquoi n’aurait-on pas la possibilité de donner naissance comme à la maison ? Il semble qu’il y aura toujours des gens bien intentionnés pour dire aux femmes ce qui est bon pour elles.

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