updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

Traitement par l'image

A la veille des élections fédérales, il est frappant de voir la différence de traitement médiatique qui persiste entre femmes et hommes politiques. Pas seulement en termes de questions qui leur sont posées dans les interviews (combien de fois est-il demandé aux candidates comment elles font pour concilier vie de famille et vie publique ? Et aux candidats ?) mais également au niveau du traitement de l’image. Cette discrimination influence le choix des électeurs-trices.

Manifestement dans les rédactions, que ce soit en Suisse romande ou bien Outre-Sarine, on aime bien mettre en scène les femmes politiques dans un environnement familier, voire pittoresque, pour ne pas dire ridicule à l’exemple de cette candidate verte qui prend la pause pour le Blick en combinaison verte, sur un banc vert entourée de plantes… vertes. La semaine suivante pour la même série de portraits des candidat-e-s aux élections fédérales intitulées #Wahl-Serie, son collègue UDC, Hans-Ueli Vogt, est représenté lui, en costume-cravate classique, les bras posés sur son bureau, de quoi inspirer une totale confiance aux électeurs-trices.



De son côté, la Tribune de Genève a interviewé les président-e-s des partis cantonaux sans déroger aux règles du stéréotypage genré : gros plans sur les visages et les mains des hommes (sous-entendu d’action forcément) tandis que leurs homologues féminines ont droit à des plans plus larges où elles se touchent l’oreille (un tic probablement, c’est nerveux, c’est une femme), où elles boivent un café (sous-entendu elles glandent toute la journée), où leur sac duquel dépassent des vêtements est posé par terre (preuve qu’elles glandent, elles ne transportent pas de dossiers). Ah si, il y a un gros plan sur la jambe d’une présidente et de son talon aiguille… Sexisme ? Mais où allez-vous chercher une chose pareille ! On ne voit pas de gros plan sur une jambe d’homme et sa chaussure, dites-vous ? Mais sûrement parce que ça n’apporterait rien au débat…

Le paradoxe de ces mises en scènes qui invisibilisent les femmes est total : elles sont photographiées mais par d’habiles subterfuges, soit en les éloignant du premier plan, soit en les camouflant dans un contexte chargé, le photographe, le graphiste et le rédacteur photo finissent par les rendre secondaires. La palme revient sans conteste à l’image faite de Carole-Anne Kast, la présidente du PS genevois, littéralement floutée par le personnage au premier plan, à tel point qu’il devient difficile de l’identifier. Sur la photo, elle n’occupe qu’un cinquième de la surface. Ah c’est de l’art, une sorte de flou artistique ? On ne peut pas comprendre ?



A force de naturaliser les stéréotypes sur les hommes et les femmes en montrant ce qui est «normal» de faire ou pas pour chaque sexe, les médias renforcent les rôles traditionnels assignés aux uns et aux autres. Ils entretiennent ainsi l’idée que les femmes ne sont pas faites pour la politique, puisqu’elles sont naturellement destinées à la sphère privée et familiale. La femme politique est en décalage avec son devoir de mère et d’épouse et devra sans arrêt se justifier sur sa capacité à assumer sa fonction de femme et de femme politique.

Afin de corriger ce traitement différencié grossier et anachronique entre hommes et femmes politiques, les rédactions seraient bien inspirées de combattre les discriminations les plus évidentes en cessant de :
-    réduire les femmes politiques à leur genre (arrêtez de les interroger sur leur couple, leurs enfants, interrogez-les sur leur programme, leurs actions)
-    réduire les femmes politiques à leur corps, leurs vêtements
-    réduire les femmes politiques à leur sexualité (si elles séduisent l’électorat, ce n’est pas du racolage ou alors c’en est au même titre que ce que pratiquent leurs collègues masculins)

Et si une femme est élue, ce n’est ni une transgression, ni du vol, encore moins une usurpation : elle est bien légitime et ne devrait pas avoir à se justifier à longueur de temps. Le 18 octobre, votez femmes !

Photos extraites de la Tribune de Genève et du Blick