updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

La publicité sexiste nuit. Gravement.

L’ONG Terre des femmes Suisse lance une campagne intitulée «La publicité sexiste nuit», «gravement» et «aux femmes» étant sous-entendus. Désordres alimentaires, mauvaise estime de soi, dépression, les dommages causés par les représentations publicitaires sexistes sont en effet multiples. Si l’objectif de sensibilisation est certes louable, on peut toutefois regretter que l’effort ne porte que sur les grandes villes alémaniques.

A la mi-décembre, affiches, flyers et actions via Facebook feront la promotion de ce message d’alerte. Bien que la prise de conscience ne soit pas nouvelle, il est toujours bon de secouer le cocotier de temps à autre. Certaines municipalités et cantons ont, il est vrai, déjà interdit la publicité sexiste dans les espaces publics mais pour l’heure aucune réglementation nationale n’existe pour mettre un terme au fléau, les élu-e-s s’en remettant à l’auto-régulation de la profession. La Commission Suisse pour la Loyauté, créée en 1966, est cette institution neutre et indépendante de la branche de la communication censée garantir l’autocontrôle en la matière. Ainsi toute personne peut déposer plainte auprès de cet organisme si elle juge une publicité inappropriée. Même si cette commission n’a qu’un pouvoir de recommandation, les publicitaires seraient supposé-e-s trembler. La réalité est toute autre : en 2014, seules treize publicités ont fait l’objet de plainte. Terre des femmes Suisse voudrait voir ce chiffre augmenter et estime que les agences responsables doivent être publiquement dénoncées.

Le chef de projet de cette campagne au sein de l’ONG, David Gerber, regrette que «les critères actuels de la commission laissent trop de place à l’interprétation». D’où les propositions faites par Terre des femmes Suisse pour affiner ces critères. Il s’agit d’un catalogue d’évaluation très précis qui aide à définir en quoi la publicité incriminée est sexiste (violence, sexe, injonction, objectification, discrimination etc). Avec cet outil, le public est à même d’analyser les mécanismes de la représentation sexiste.

Nombreuses sont les associations, à l’instar de Terre des femmes, qui s’indignent de l’immobilisme de la Suisse en matière de lutte contre les images stéréotypées dans la publicité au point que le Comité international du CEDEF (Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination faites aux femmes) s’impatiente devant la lenteur des progrès pointant du doigt «la persistance de stéréotypes traditionnels profondément ancrés concernant le rôle et les responsabilités des femmes et des hommes dans la famille et dans la société en général». La question qu’on peut se poser face à l’inertie de la Confédération concerne l’absence de volonté politique en ce domaine : en effet, quels moyens sont mis en place au niveau fédéral pour lutter efficacement contre le sexisme dans la publicité ?

Flyer de la campagne: Quel rapport entre les seins et du parfum? Absolument aucun.