updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Avenir Suisse, ça patine

Le think tank libéral Avenir Suisse affirme que les femmes seraient à l’origine des inégalités salariales. Dans un rapport de 67 pages rendu public hier, la fondation, soutenue par des multinationales, réfute les discriminations et les inégalités dont sont victimes les femmes sur le marché du travail. Si différence salariale il y a, c’est parce qu’elles le veulent bien.

Devant un tel raisonnement, on reste perplexe. Pour Avenir Suisse, les 19% d’écart dans le salaire moyen entre les hommes et les femmes ne serait qu’une «conviction» répandue dans «l’opinion publique», une  interprétation». Et elle le prouve avec son rapport intitulé «Parité salariale  ̶  Le marché du travail n’est pas défaillant». Le groupe de réflexion rappelle que «depuis trente ans, les salaires des femmes augmentent plus rapidement que ceux des hommes», que «le niveau de formation des femmes (est) toujours meilleur», qu’elles sont «plus nombreuses à étudier à l’université». Alors heureuses ? Mais non, «au lieu de cela, l’insatisfaction domine dans de larges strates de la politique et de la société sur le fait que, dans le secteur privé, les femmes gagnent en moyenne toujours environ 19% de moins que leurs homologues masculins et qu’elles n’occupent que rarement des positions dirigeantes». Des ingrates en somme qui en veulent toujours plus. On leur tend la main et elles vous prennent le bras. Pourquoi, ne restent-elles pas à leur place ? Vous savez bien, près de l’âtre, au fond de la grotte…

Plus sérieusement, le think tank estime que «les différences salariales peuvent largement être attribuées à des décisions individuelles concernant la carrière et le choix de sa profession». Le problème viendrait en effet de leur préférence pour le temps partiel, d’un manque d'intérêt pour les professions techniques et de moins de flexibilité géographique et horaire. Aboutir à pareille conclusion balaie les travaux de chercheurs-euses éminents sur le domaine au premier rang desquel-le-s Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, et témoigne sinon d’une grande ignorance du moins d’un terrible parti pris.

En bref, et ce n’est pas surprenant, inutile d'agir sur le marché du travail. Les interventions étatiques à ce niveau, comme le projet de contrôle systématique des salaires, seraient inopérantes. Pour réduire les écarts de salaire, il ne faut surtout rien faire, le marché va se réguler tout seul, dixit Avenir Suisse. Nous voilà rassurées.

Sur les réseaux sociaux, les gens ne s’y sont pas trompés et le hashtag #tweetecommeavenirsuisse connaît un certain succès. L’avenir c’est devant pas derrière.