updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Soufi, Mon Amour

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Un voyage hors du choc des civilisations

Le dernier roman de l’écrivaine turque Elif Shafak crée des correspondances entre deux époques et deux cultures. Une Américaine d’aujourd’hui découvre un courant mystique de l’islam du XIIIe siècle, le soufisme. Cette rencontre va transformer sa vie.

Ella Rubinstein, mère de famille et épouse, vit confortablement à Northampton, Massachusetts. A la veille de ses 40 ans, Ella décroche un travail de lectrice pour une agence littéraire de Boston. C’est ainsi qu’elle découvre Doux blasphème, d’Aziz Z. Zahara. Ce récit retrace la rencontre entre un derviche errant, Shams de Tabriz, et un érudit musulman, Rûmi, en Anatolie au milieu du XIIIe siècle.

Ella, cette «femme aux manières discrètes, au cœur généreux et à la patience d’une sainte» lit cet ouvrage comme s’il lui était personnellement destiné. Ce livre et la correspondance qu’elle entame avec son auteur vont changer sa vie. «Soufi mon amour», voyage hors du choc des civilisations, est aussi un roman placé sous le signe des rencontres qui transforment les vies. Satisfaite, voire comblée par sa vie ces vingt dernières années, Ella Rubinstein «ressentait un épuisement qu’elle n’avait jamais connu auparavant». Ses enfants ont moins besoin d’elle, son couple s’est perdu en cours de route et, à 40 ans, elle ne sait comment poursuivre son existence. Peut-être le moment idéal pour découvrir le soufisme et rencontrer Aziz, Européen devenu soufi.

Pourtant, qu’il y-a-t-il de commun entre une juive américaine du XXIe siècle et un poète mystique perse du XIIIe? En écoutant les nouvelles du jour, on ne peut que souscrire à cette introduction de Doux blasphème : «De bien des manières, le XXe siècle n’est pas si différent du XIIIe siècle. Tous deux figureront dans l’Histoire comme des périodes d’affrontements religieux, d’incompréhensions culturelles, où le sentiment général d’insécurité et la peur de l’Autre furent sans précédent. A de telles époques, le besoin d’amour est plus fort que jamais.»

Le dispositif du dernier roman d’Elif Shafak avec ses trois récits qui se font écho - la vie de famille d’Ella, sa lecture de Doux blasphème et son échange de mails avec son auteur - crée des correspondances au-delà des époques et des cultures. «Est-ce que relier les terres lointaines et les cultures étrangères n’est pas une des forces de la bonne littérature?» Elif Shafak y parvient. Et l’on ne peut que se réjouir du succès de Soufi, mon amour tant en Orient qu’en Occident.

Estelle Pralong

Liens:

http://elifshafak.fr/