updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

Ce que savait Jennie

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Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste, a déjà écrit de nombreux livres dont La Sociale et réalisé une vingtaine de films. Son dernier roman, Ce que savait Jennie, sonne comme une hache qui brise les vies pour alimenter les feux de l’injustice.

 

Enfant d’une passion incestueuse entre sa mère Olga et son oncle, Jennie collectionne les mauvais plans et se retrouve toujours enfoncée dans le trou d’un puits au moment où elle tente de s’en sortir.

 

Après avoir résisté à des tragédies à répétition, elle vit une belle histoire avec un jeune homme, Quincy, acteur, qui organise le scénario de la vengeance d’une mère ayant mis fin à ses jours, ne supportant pas d’être mise à la porte de son entreprise.

 

La seule lueur d’espoir de Jennie, pour briser l’étau de ses souffrances, c’est son projet d’atteindre les falaises d’Etretat où elle essaie d’amener une de ses sœurs. Elle n’atteint pas son but, clouée au sol de l’acharnement du sort, par le passage à l’acte de Quincy, dans un feu d’artifice macabre, crime parfait, œil pour œil – dent pour dent.

 

Le dernier cri de Jennie «C’est trop injuste» nous donne le goût amer de la révolte sur un fond d’incendie volontaire et de sang versé qui pique nos yeux et nous étouffe.

 

De l’exagération ? Oui, et c’est tant mieux, si on considère qu’un ouvrage n’a de valeur que s’il sait faire vibrer les sens par delà le réel. Non, si on accepte que notre société regorge de ces situations violentes réservées à tant d’êtres humains condamnés d’avance à vivre une destinée mortifère.

 

L’écriture de Gérard Mordillat fonctionne comme une irruption volcanique qui se prépare à jaillir des entrailles d’une humanité qui n’a pas changé fondamentalement ses règles cruelles, depuis les mines de Germinal.

 

Un beau livre aux fruits de la passion, loin du miroir aux alouettes de papa Noël.

 

Ce que savait Jennie, Gérard Mordillat

 

Calmann-Lévy, 2012

 

222 pages