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Livres

La génération Y par elle-même : quand les 18-30 ans réinventent la vie

 

 

Vous avez entre 50 et 70 ans ? Vous êtes parents de jeunes âgé-e-s de 18 à 30 ans ? Vous les trouvez individualistes, insolents, instables au boulot, indécis en amour, dopés au porno, «ils ne croient plus à rien», «ils ne votent pas», «ils brûlent des voitures», «ils sont incultes», «ils veulent tout, tout de suite», «ils boivent et ils se droguent», «ce sont de grands enfants», c’est ce que vous pensez tout bas et dites parfois tout haut ? Alors La génération Y par elle-même est le livre qu’il vous faut pour décrypter cette jeunesse dont vous êtes déçu-e-s et croyiez tout connaître !

J’étais comme vous, partagée entre colère, incompréhension, frustration, curiosité et désir de comprendre. Les auteures sont de cette génération-là et, à force d’entendre les stéréotypes collés à leur groupe d’âge, elles ont voulu en avoir le cœur net, ont interrogé nombre de leurs contemporain-e-s, ainsi que des chercheurs et chercheuses éminent-e-s en sciences sociales, pour arriver à nous présenter «leur» version des choses, qui est, ma foi, très intéressante et qui devrait nous rendre plus tolérant-e-s envers une population qui nous semble parfois étrange et proche à la fois…

Savez-vous ce que veulent dire les mots geek ou poke ou taguer ? Un petit glossaire à la fin du livre vous éclairera. Apprendre l’italien ou le russe, c’est utile, mais connaître la langue de nos jeunes adultes, ça l’est aussi !

Bien du plaisir !

 

 

Myriam Levain et Julia Tissier

La génération Y par elle-même : quand les 18-30 ans réinventent la vie

François Bourin Editeur, 2012

201 pages

 

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Le livre blanc. Cancer du sein, cancer de la prostate : vie intime et sexuelle

 

Ce livre est une mosaïque de multiples apports, tous fort éclairants, jamais déconnectés du réel, et parfois même poétiques. Des explications anatomiques, des exemples de questionnements lors d’ateliers d’échange, de nombreux témoignages, quelques contributions théoriques de spécialistes, mais aussi leurs interrogations, leurs doutes.

Mais d’abord, ce livre est en quelque sorte un hymne à l’amour ! Alors qu’il traite d’un sujet éprouvant, difficile, n’est-ce pas faire preuve d’un angélisme déplacé ? Nullement ! Les témoignages frappent par leur authenticité, leur franchise. On est si près de la douleur, de l’appréhension, de la détresse de toutes celles et de tous ceux qui ont accepté de prendre la plume pour raconter leur rapport au corps mutilé et surtout les nouvelles relations à l’autre, qu’on doit assumer ensemble. «Les femmes atteintes par le cancer du sein ont raconté avec beaucoup d’hésitation le traumatisme vécu au moment de révéler leur cicatrice dans leur couple. Ma compagne et moi avons fait quelque chose de positif, parce qu’un jour elle est sortie de la douche en ma présence avec un sourire plein de tendresse. Dans un sens, c’est elle qui m’a soulagé !»

Les réflexions des médecins ou psychologues spécialistes sont elles aussi marquées par le désir constant de mieux comprendre ces malades, afin de leur répondre différemment en prenant en compte leurs besoins émotionnels, et pas seulement physiques.

Ce livre blanc (qui comporte certaines pages blanches, invitant la lectrice, le lecteur à consigner ses idées, à prendre donc aussi la plume) représente une magnifique contribution à la problématique de ces maladies encore si mystérieuses.

 

 

Collectif

Le livre blanc. Cancer du sein, cancer de la prostate : vie intime et sexuelle

Ed. Médecine et Hygiène, 2012

247 pages

 

 

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L'île sous la mer

 

Isabel Allende, nièce de Salvador Allende, notre regreté président du Chili, est une grande écrivaine de cette culture latine autant créative, pathétique que chaleureuse. Nous atterrissons à Saint-Domingue, en 1770 pour finir en 1810 en Louisiane. L’auteure nous livre le roman historique de l’état esclavagiste aux Caraïbes au travers de la destinée d’une femme, Zarité, dite Tété, qui suivra son maître à la Nouvelle-Orléans, un colon français, Toulouse Valmorain. Celui-ci échappe à une révolte qui va  aboutir à la première révolution d’esclaves dans le nouveau monde.

L’intérêt de ce livre tient à cet heureux mélange de la passion amoureuse, de la lutte pour la liberté, dans le décor des plantations de canne à sucre et des maisons de jeu de la Nouvelle Orléans, des demeures de maîtres aux bordels des mulâtresses.

L’ouvrage est certes volumineux, mais il est suffisamment ciselé de courts chapitres pour permettre aux lectrices et lecteurs d’avancer à leur rythme sans avoir à s’essouffler, voire revenir à des pages qui peuvent se relire avec délice. Ce qui ressort le plus, c’est la force de l’amour, dans l’expression de la passion et de la tendresse, qui crée un contraste saisissant avec l’intensité de l’horreur que vivent les esclaves, réduits à un état que même des animaux domestiques ne vivent pas.

C’est aussi l’hommage rendu à une femme qui a eu le courage, malgré tout ce qu’elle a vécu de violences et d’humiliations, d’atteindre l’état de liberté, non pas seulement celui de l’affranchissement, mais avant tout celui de l’esprit, qui permet de tracer la route de l’émancipation humaine. Un beau livre et un message d’espoir. Une leçon de patience et de ténacité, utile par les temps qui courent.

 

Isabel Allende, L’île sous la mer, Ed. Grasset 2012, 524 pages.

 

 

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Les dessous de la presse

 

Marion Gillot est une jeune journaliste, rédactrice à Fleurus Presse, filiale du Monde spécialisée dans la presse à destination des adolescents. Son complice et talentueux illustrateur Nicolas Wild est un passionné d’histoires à raconter en bandes dessinées, les plus connues étant celles sur l’Iran et l’Afghanistan. Elle publie ce livre pédagogique sur les métiers de la presse tels qu’ils existent et se pratiquent aujourd’hui, quel que soit le support employé, presse écrite, radio ou audiovisuel.

Certains pourraient dire que cet ouvrage est un exercice de style réservé aux adolescents en mal de vocation. A y regarder de plus près en tournant les pages d’un abécédaire autant pétillant qu’instructif, l’exercice va plus loin. Tout d’abord parce qu’il exprime la façon de vivre et de penser de toute une nouvelle génération de journalistes qui se posent plus la question du traitement de l’information que de l’évolution de ses supports, même si cela peut lui poser question, mais aussi parce qu’il met à jour, et sans concessions, à partir d’exemples types bien répertoriés, le rapport du monde de la presse avec la société.

Chaque démonstration est suivie d’un encadré imprimé en couleur «Et toc», qui donne des indications complémentaires utiles. Dans ce chemin de fer qui sent bon le printemps, on va s’arrêter à la lettre J comme Jeunesse et apprendre que les bambins d’aujourd’hui seront de grands lecteurs des journaux de demain ! Une bonne nouvelle à confirmer à ceux qui pensent que les carottes sont cuites, à un moment où la presse d’opinion est si mal menée par les casseurs de la finance.

A mettre dans les mains de TOUTES les générations !

 

Marion Gillot, Les dessous de la presse

Ed. Gulf Stream, 2012

230 pages

 

 

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Reflets dans un œil d’homme

 

A partir de la thèse selon laquelle le but de l’homme est de happer la femme dans son regard pour la soumettre,  la grande écrivaine décrit les ravages du patriarcat dans le monde actuel à travers les industries du sexe : la cosmétique (les milliards de L’Oréal !), la pornographie et la prostitution. Inspirée par la philosophie de Nelly Arcan, une jeune prostituée américaine suicidée, et par des biographies de femmes trop belles et trop désirées comme Marilyn Monroe, elle conteste radicalement la banalisation de la prostitution. Bien documentée, bien argumentée, cette partie du livre est très forte.

Dommage que Nancy Huston s’attaque aussi aux Etudes genre, faisant croire que cette approche culturelle est une idéologie totalitaire ! Alors que les Etudes genre ont toutes les peines du monde à se faire accepter, respecter et financer au sein des universités, les fustiger comme un «dogme dominant» est ridicule, surtout de la part d’une écrivaine aussi documentée.

 

Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme

Ed. Actes Sud, 2012

250 pages

 

 

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Concentré lesbien irrésistiblement toxique

 

Comment et pourquoi devient-on lesbienne et révolutionnaire quand on a été élevée, fille de militaire et petite-fille d’entrepreneur, dans une famille patriarcale d’avant 1968 ? Claire Sagnières, dans son troisième livre,  recherche les sources de sa révolte. Ce que les bourgeois détestent par dessus tout, c’est parler d’argent, du sexe et de la mort, et ce livre ne parle que de cela ! Recherche exigeante, lucide et passionnante, d’autant plus que Claire, après une jeunesse française,  est devenue une des leaders féministes du MLF genevois, cofondatrice du premier journal lesbien CLIT007 et coorganisatrice de magnifiques manifestations. Si le livre s’arrête avant Genève, on peut prolonger l’histoire en consultant le site www.clit007.ch où Claire a rassemblé les numéros du journal paru entre 1981 et 1984, ainsi que des émissions radio lesbiennes sur Radio Pleine Lune et Radio Pirate. Des temps forts de l’histoire du féminisme genevois à (re)découvrir, en attendant le prochain livre !

 


 

Claire Sagnières, Concentré lesbien irrésistiblement toxique

Ed. Le Manuscrit, 2012

314 pages

 

 

 

 

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Ce que savait Jennie

 

Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste, a déjà écrit de nombreux livres dont La Sociale et réalisé une vingtaine de films. Son dernier roman, Ce que savait Jennie, sonne comme une hache qui brise les vies pour alimenter les feux de l’injustice.

 

Enfant d’une passion incestueuse entre sa mère Olga et son oncle, Jennie collectionne les mauvais plans et se retrouve toujours enfoncée dans le trou d’un puits au moment où elle tente de s’en sortir.

 

Après avoir résisté à des tragédies à répétition, elle vit une belle histoire avec un jeune homme, Quincy, acteur, qui organise le scénario de la vengeance d’une mère ayant mis fin à ses jours, ne supportant pas d’être mise à la porte de son entreprise.

 

La seule lueur d’espoir de Jennie, pour briser l’étau de ses souffrances, c’est son projet d’atteindre les falaises d’Etretat où elle essaie d’amener une de ses sœurs. Elle n’atteint pas son but, clouée au sol de l’acharnement du sort, par le passage à l’acte de Quincy, dans un feu d’artifice macabre, crime parfait, œil pour œil – dent pour dent.

 

Le dernier cri de Jennie «C’est trop injuste» nous donne le goût amer de la révolte sur un fond d’incendie volontaire et de sang versé qui pique nos yeux et nous étouffe.

 

De l’exagération ? Oui, et c’est tant mieux, si on considère qu’un ouvrage n’a de valeur que s’il sait faire vibrer les sens par delà le réel. Non, si on accepte que notre société regorge de ces situations violentes réservées à tant d’êtres humains condamnés d’avance à vivre une destinée mortifère.

 

L’écriture de Gérard Mordillat fonctionne comme une irruption volcanique qui se prépare à jaillir des entrailles d’une humanité qui n’a pas changé fondamentalement ses règles cruelles, depuis les mines de Germinal.

 

Un beau livre aux fruits de la passion, loin du miroir aux alouettes de papa Noël.

 

Ce que savait Jennie, Gérard Mordillat

 

Calmann-Lévy, 2012

 

222 pages

 

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Pornoterrorisme

Ce travail n’est pas la simple élucidation d’un concept ou d’une théorie. Il veut aller plus loin, faire connaître une façon d’être, de vivre. Le pornoterrorisme dérange, dépasse toutes limites, déconstruit sans forcément reconstruire.
Ce livre est un récit biographique et une réflexion sur le sexe et les pratiques sexuelles, la morale, la politique... Un appel à briser les tabous dominants de notre société. Un attentat aux conventions, un acte terroriste contre les normes. «Y a-t-il fusion plus belle que celle des mots porno et terrorisme ?». Le livre préfacé par Annie Sprinkle et Beth Stephens, de quoi placer la barre assez haut!

Née à Madrid en 1981, Diana J. Torres, diplômée en philologie hispanique à l’université de Barcelone, est une artiste multidisciplinaire utilisant la performance, la poésie, la vidéo et la pornographie-postpornographie. Elle organise des shows où le public est poussé, d’une certaine manière, à l’implication émotionnelle, politique et sexuelle. Depuis 2006, son travail s’axe surtout sur le pornoterrorisme, mouvement qui s’étend à travers la toile : www.pornoterrorismo.com.

A découvrir absolument.

 

Pornoterrorisme de Diana J. Torres

Editions Gatuzain, 2012

ISBN : 978-84-8136-609-9

 

(Contact éditeur: Gatuzain Argitaletxea BP 454 64504 AZKAINE CEDEX France    email:Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

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La maison de Sugar Beach : réminiscence d’une enfance en Afrique

 

 

 

 

Hélène Cooper est journaliste au New York Times, elle a donc acquis un poste professionnel prestigieux, mais son itinéraire ne fut pas simple : elle raconte dans ce livre comment elle, petite Africaine née au Libéria dans le milieu privilégié des Congos, a rejoint l’Amérique en 1980, fuyant la guerre, et a ainsi pris conscience des clivages sociaux et racistes, qui perdurent avec tant de force.

 

 

 

Le Libéria, hier et aujourd’hui

 

On découvre ainsi, d’une manière sensible et originale, l’histoire du Libéria, ce pays créé de toutes pièces. Hélène Cooper construit son livre en intercalant des documents historiques relatant l’épopée de ses ancêtres qui se trouvaient «sur la version libérienne du Mayflower, le premier bateau de Noirs affranchis qui quitta le port de New York en 1820.» 160 ans plus tard, les habitant-e-s autochtones du Libéria se révoltent contre ces colonisateurs d’origine noire et américaine. S’en suit une guerre atroce et fratricide qui va ensanglanter le pays. Hélène, enfant puis adolescente, vivra les prémices de cette révolte sans vraiment la comprendre, croyant que son amitié avec Eunice, la jeune fille indigène modeste qui vit avec eux, la protégera des violences qui grondent dans la ville. Mais le 12 avril 1980, un coup d’Etat fracassant signe la fin de son existence de jeune fille protégée et naïve. La famille Cooper doit s’exiler aux USA et Hélène, à son tour, fera face à la pauvreté et à l’exclusion.

 

 

 

Retour aux sources

 

Après bien des années passées à voyager comme grand reporter, Hélène Cooper retourne dans sa patrie africaine, retrouve ses racines, et des souvenirs tant amers, honteux, douloureux que délicieux. C’est dans ce terreau exceptionnel qu’elle puise pour écrire un récit très émouvant et libérateur.

 

 

 

Hélène Cooper

 

La maison de Sugar Beach : réminiscence d’une enfance en Afrique

 

Traduit de l’anglais par Mathilde Fontanet

 

 

 

 Ed. Zoé, 2012  365 pages

 

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Hypatie : l’étoile d’Alexandrie

 

 

 

 

Que sait-on vraiment de la vie et de l’œuvre d’Hypatia, cette figure mythique née à Alexandrie au 4e siècle après J.-C. ? Peu de choses en vérité. Pour compléter les traces ténues laissées par cette philosophe et mathématicienne sans nul doute très douée, Olivier Gaudefroy s’est intéressé de près aux œuvres et essais des savants de l’époque, contemporains et collaborateurs d’Hypatie.

On saisit donc fort bien, dans cet opuscule intéressant et précis, la mentalité des intellectuels de l’époque et on comprend l’originalité de cette femme exceptionnelle et dérangeante pour les édiles de la cité. Fille unique d’un savant mathématicien, elle assuma très jeune la charge de cours publics d’algèbre, d’astronomie et de philosophie. Elle ne s’intéressait qu’à la science, refusant la condition habituelle des femmes de l’époque : le mariage et la tutelle du mari. Elle n’adhéra pas à la religion chrétienne, voulant absolument garder son indépendance de libre-penseuse philosophe.

Sa mort atroce (elle fut littéralement mise en pièces par une milice à la solde du patriarche chrétien Cyrille) confirme d’ailleurs bien à quel point il était difficile de se faire une place en tant que femme indépendante et savante.

Hypatie vient du mot grec hupatos, qui signifie «le plus haut». Nom prédestiné, qu’elle paya fort cher.

 

 

 

Olivier Gaudefroy

Hypatie : l’étoile d’Alexandrie

Ed. Arléa (coll. Post Scriptum), 2012

136 pages

 

 

 

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